Au petit-déjeuner, fumet de petits pieds potelés -ceux qui au tout petit matin ont déposé sur le sol froid les dernières peurs de la nuit- et peaux veloutées.
Les chevelures et les bras qui s'étalent dans tous les sens, et le silence d'avant leur réveil.
Je déguste. Je savoure. Mon petit-déjeuner. Le temps prend son temps et je le regarde.
C'est le dernier matin. Puisque désormais l'été est singulièrement tranché.
Demain sera un autre matin, je dégusterai ce temps qui s'étirera devant moi, rythmé par mon seul pas si je le veux. Et ce sera bon.
Puisque je ne suis plus mère qu'à demi, je n'aurai plus qu'à me taire. Arrive le mois où je suis la traitresse, celle qui sort du bois, celle qui ne sait plus les fatigues des nuits entrecoupées et des chamailleries à arbitrer. Arrive le mois où je n'ai plus voix au chapitre.
Soit.
Les regards sont durs, les phrases assassines sous leurs airs anodins. Des petits règlements de compte cachés. Des miroirs déformés qui ne veulent pas dire leurs noms.
Soit.
L'attaque est douloureuse. Pour l'étandard de l'injustice qu'elle soulève. Pour la voix qu'elle musèle. Pour la réduction des têtes. Elle vrille la béance encore saignante.
Mais elle ne change rien. Elle fait juste mal, sur le coup. Puis je hausse les épaules. Et m'en retourne sur mon chemin. Qui n'a d'autre prétention que d'être le mien. Le mien.
Je ne veux pas m'arrêter à cette amputation. Ce ne serait pas juste. Pas juste pour Eux, mes petits Œufs, et leurs épaules encore frêles. Pas juste pour eux d'avoir à porter le poids de ce que je suis ou de ce que je ne suis plus.
Je me veux vivante parce que c'est tout ce que je leur souhaite. Être vivants.
Alors je me suis forcée. Forcée à quitter cette peau de zombie que j'habitais (vous vous souvenez ?). C'est peut-être là que se nichait mon intégrité.
Je ne me vivrai pas disloquée et démantibulée. N'en déplaise à la décence et à la bienséance. Je ne boude pas les nuages qui assombrissent mon ciel, je ne veux juste pas susciter leur pluie sans relâche. Je n'ai pas à être punie.
Je préfère cultiver ce que ça permet, tous les autres possibles. Ne pas m'arrêter trop longtemps sur ce que ça empêche, sur ce que ça ne permet plus. Puisque ce n'était plus permis de toutes façons.
La meute ne verra pas à quel point mes muscles et toute ma conscience s'arquent et se bandent. Elle y verra peut-être de l'inconscience, sans doute un égocentrisme forcené, peut-être même un abandon. Elle ne reconnaitra pas les efforts d'une volonté convaincue et balaiera la douleur des crampes et des sollicitations intensives.
Tant pis pour la meute. Qu'elle aboie au loin.
Et j'écoute cette petite perle du matin, bonne comme une petite pluie d'après-midi.
J'aime les mots que tu réussis à mettre sur cette période douloureuse de ta vie*... :o)
RépondreSupprimer* je pense avoir lu entre les lignes
Le mois entier sans eux ?
RépondreSupprimercourage dame grenouille...
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