Réveil saugrenu ...
Je me quitte hoquetante et sanglotante dans mon rêve, à renifler comme un cochon, pour me retrouver perplexe, assise entre mes draps, aussi interrogatifs que moi. Je clignote des paupières. Je cherche du coin de l'oeil un autre angle pour envisager tout ça. Je sais bien le miroir que sont toutes les personnes rêvées, les reflets qu'ils sont. Je me questionne sur leur propos. Le mien alors ?
Les plis de la mauvaise conscience remontent petit à petit, l'oeil de Moscou qui vibre au-dessus de ma tête, façon hélico !
Réinventer sans cesse la danse du Non, tout ça ne (re)passera pas par moi !
Mais d'abord un café, lutter contre l'irrépressible envie d'allumer le chauffage dans cet appartement aux allures de champ de cartons -que nous quitterons tout bientôt maintenant que la grande maison est (presque) à nous.
Ne pas se laisser paniquer, ne pas se laisser réduire la respiration et le sourire, n'est-ce pas ? Détendre cette petite pression dont je m'habille et qui ne vient que de moi et de ce regard froid que je porte parfois.
Brrrr !
Et grogner, montrer les dents quand se hérisse mon poil -que je porte court pourtant. Défendre les petites parcelles de moi. J'en ai bien le droit, il paraît hé hé !
Allez, hop-hop-hop !
dimanche
jeudi
frAnçoiz et les lOups
J'ai pas le temps, j'ai pas le temps, je trouve plus le temps !
Je cours, je me faufile entre les secondes, je rebondis.
Pour l'instant je ne m'essouffle pas.
J'ai mes humeurs enfermées dans un sachet en plastique que je cogne parfois dans mes galopades. Elles en ont vu d'autres les petites, et pour l'automne elles ont opté pour le casque intégré. Même pas mal !
Mais parfois je fais des bleus. Plus à moi. C'est bizarre. C'est pas exprès. Parfois je me sens froide comme une tranche de jambon congelée, j'ai l'impression de ne même plus savoir épeler le mot "empathie".
Je cours, je berzingue, et à nouveau je ne veux rien lâcher. Et pas le sommeil non plus, c'est ma nouveauté de la saison : je combats la cerne, je dors (pour éradiquer la râlerie-au-travail essentiellement, en fait). Comment vais-je pouvoir continuer à faire ? Sur quoi rogner ? Ouh la la, vais-je devenir hyper organisée? Plus de trois jours je veux dire.
Voilà voilà pourquoi le plus souvent ces derniers temps, je n'écris pas.
Ça ne durera pas.
Et ce soir, je fais une ode aux poils de tous loups (et à la louve des volcans) !
Sinon, Vous, ça va ?
Je cours, je me faufile entre les secondes, je rebondis.
Pour l'instant je ne m'essouffle pas.
J'ai mes humeurs enfermées dans un sachet en plastique que je cogne parfois dans mes galopades. Elles en ont vu d'autres les petites, et pour l'automne elles ont opté pour le casque intégré. Même pas mal !
Mais parfois je fais des bleus. Plus à moi. C'est bizarre. C'est pas exprès. Parfois je me sens froide comme une tranche de jambon congelée, j'ai l'impression de ne même plus savoir épeler le mot "empathie".
Je cours, je berzingue, et à nouveau je ne veux rien lâcher. Et pas le sommeil non plus, c'est ma nouveauté de la saison : je combats la cerne, je dors (pour éradiquer la râlerie-au-travail essentiellement, en fait). Comment vais-je pouvoir continuer à faire ? Sur quoi rogner ? Ouh la la, vais-je devenir hyper organisée? Plus de trois jours je veux dire.
Voilà voilà pourquoi le plus souvent ces derniers temps, je n'écris pas.
Ça ne durera pas.
Et ce soir, je fais une ode aux poils de tous loups (et à la louve des volcans) !
Sinon, Vous, ça va ?
vendredi
Tu me manques et je m'inquiète. Et tant pis.
Je n'ai pas trouvé dans Les Séparées l'écho, l'intime que je pensais rencontrer. J'étais peut-être trop imprégnée encore des Lisières.
Mais j'ai aimé cette phrase.
"Comment vivais-tu sans cet élan ?"
Tu me manques et je m'inquiète. Et tant pis.
Mais j'ai aimé cette phrase.
"Comment vivais-tu sans cet élan ?"
Tu me manques et je m'inquiète. Et tant pis.
jeudi
Les LisièRes
Au-delà des mots-échos, des résonances intimes et universelles, j'ai aimé, aimé, aimé Les Lisières, à le lire à petite lampée, pour ne pas le quitter trop vite, trop tôt, aimé pour le regard sur l'usure de "notre" société, petit rat rongeur grignotant posé sur "nos" épaules. Enfin, sur celles de certains plus que d'autres.
Je n'y ai pas lu de prosélytisme, sans doute suis-je public conquis, captif ou convaincu.
Je n'y ai pas lu de jugement à l'emporte-pièce, plutôt de la tendresse malgré le regard implacable. Ou de la compassion (je vais me faire détester, là). De la compréhension, de la désolation.
Et pour ce questionnement-l'air-de-rien qui me plaît tant, cette dichotomie étrange et sans lieu à mes yeux : vivre la vie, écrire la vie. Comme s'il y avait là une antinomie. Comme si les mots posés devaient être porteurs d'une vérité tangible et incontestable, d'une réalité stricte et exhaustive...
Ai-je le droit d'écrire ce que j'écris. Suis-je légitime ? Qui l'est ?
Ici ou là, j'écris ce que je suis et je suis ce que j'écris. Rien que ce que j'écris, tout ce que j'écris. Je le jure. Et la marmotte, elle plie le chocolat, et le lecteur, tout ballot qu'il est, est né de la dernière pluie sur une feuille d'acacia !
Une vie écrite, c'est une vie aussi, non ?
Les Lisières - Oliver Adam - Flammarion
(dont je vous conseille cette chouette et parfaite critique)
Je n'y ai pas lu de prosélytisme, sans doute suis-je public conquis, captif ou convaincu.
Je n'y ai pas lu de jugement à l'emporte-pièce, plutôt de la tendresse malgré le regard implacable. Ou de la compassion (je vais me faire détester, là). De la compréhension, de la désolation.
Et pour ce questionnement-l'air-de-rien qui me plaît tant, cette dichotomie étrange et sans lieu à mes yeux : vivre la vie, écrire la vie. Comme s'il y avait là une antinomie. Comme si les mots posés devaient être porteurs d'une vérité tangible et incontestable, d'une réalité stricte et exhaustive...
Ai-je le droit d'écrire ce que j'écris. Suis-je légitime ? Qui l'est ?
Ici ou là, j'écris ce que je suis et je suis ce que j'écris. Rien que ce que j'écris, tout ce que j'écris. Je le jure. Et la marmotte, elle plie le chocolat, et le lecteur, tout ballot qu'il est, est né de la dernière pluie sur une feuille d'acacia !
Une vie écrite, c'est une vie aussi, non ?
Les Lisières - Oliver Adam - Flammarion
(dont je vous conseille cette chouette et parfaite critique)
dAns les mOts des autRes
J'ai toujours le souffle court à trouver dans les mots des autres le contour de gens croisés, aimés, accompagnés, accompagnateurs d'aujourd'hui ou passés. Ça me saisit, ça me crie vrai.
Entre les mots, j'extrais, je concasse, je presse et je trace le portrait qui sied le mieux au regard que je pose. Je suis voleuse de mots.
Entre les mots, j'extrais, je concasse, je presse et je trace le portrait qui sied le mieux au regard que je pose. Je suis voleuse de mots.
"Il n'y avait qu'une seule vie. Et j'avais toujours été incapable de la vivre vraiment. Au final j'avais choisi de contourner l'obstacle. J'avais choisi de déserter. Je n'en étais pas spécialement fier. [...] La moindre contrainte me pesait. Obéir à un patron, me lever pour me rendre au bureau était au-dessus de mes forces. [...] elle a fini par trouver ça indécent, cette façon d'affirmer que je n'étais pas fait pour [...] la vie sociale. Comme si quelqu'un l'était.[...] J'affirmais à qui voulait l'entendre que c'était tout le contraire, que [...] je reprenais possession. Du monde des autres et de moi-même, que j'étais précisément au cœur de la vie quand tout le monde en était détourné par obligation, fatigue ou paresse [...]. Mais je n'étais pas dupe de mes propres mensonges. J'avais déserté. On pouvait y voir une forme de courage ou de lâcheté, c'était selon. La deuxième hypothèse avait ma préférence."
"Et si je réfléchissais un instant c'était là la marque de la plupart de mes amitiés masculines. Au fil des années, j'avais toujours jeté mon dévolu sur des types brillants qui m'entraînaient dans leur sillage, dont j'enviais la beauté, la légèreté, le charme. Ils étaient en quelque sorte mon négatif et je les regardais d'en-dessous, guettant les miettes d'affection et de confiance qu'ils voudraient bien me prodiguer."
"Cette géographie indistincte où j'avais poussé sans m'en souvenir. Confusément, ces trois éléments semblaient étroitement liés, me paraissaient éclairer quelque chose. J'y lisais les fondations de mon goût pour les échappées, de mon penchant pour la fuite et l'absence, l'effacement. J'y comprenais mieux ma défiance des racines, des identités confinées et rances, ma capacité à me sentir chez moi à l'autre bout du monde, de me choisir des refuges et de tout y réinventer."
"Cette géographie indistincte où j'avais poussé sans m'en souvenir. Confusément, ces trois éléments semblaient étroitement liés, me paraissaient éclairer quelque chose. J'y lisais les fondations de mon goût pour les échappées, de mon penchant pour la fuite et l'absence, l'effacement. J'y comprenais mieux ma défiance des racines, des identités confinées et rances, ma capacité à me sentir chez moi à l'autre bout du monde, de me choisir des refuges et de tout y réinventer."
"[...] à cette heure où [...] quelque chose se tendait dans la maison, [...], après ça c'était foutu, j'étais un peu [...] parti, S. finissait par tout prendre en charge dans la maison pendant que je me noyais dans la musique, une cigarette à la bouche."
"Sans doute n'étais-je pas assez soigneux. Tout ce que j'utilisais se dégradait sur-le-champ. A peine achetée une veste sur mes épaules paraissait vieille de dix ans."
"[...] j'avais tant à rattraper, une vie entière croyais-je, j'avais tellement tout gardé en moi, j'avais tellement vécu verrouillé à l'intérieur de moi-même, j'attendais que quelqu'un me délivre, j'attendais qu'on m'offre un abri, un regard, un visage comme un refuge."
"[...] et je m'en voulais de n'avoir su nous garder de l'usure, des entailles, des éraflures que le temps s'était chargé d'élargir, jusqu'à creuser un gouffre dont je n'avais pas eu la moindre idée avant qu'il ne nous engloutisse."
"J'aurais tout donné pour reprendre les choses au bon endroit et épargner à mes enfants la souffrance que je leur infligeais en ayant été infoutu de garder leur mère auprès de moi, ou plutôt de me garder près d'elle, de la ménager un peu, de ne pas tant me reposer sur elle, qui gouvernait chacun de nos jours, qui savait toujours quoi faire en n'importe quelle circonstance, sans qui nous n'aurions rien connu de cette vie, sans qui je me serais effacé, [...] puisque sans elle j'étais tout juste bon à m'enfermer dans un placard, tremblant d'une peur indéchiffrable, rongé par un mal que rien n'étouffait, ni l'alcool ni les médicaments, un mal qui était une maladie incurable qui allait finir par m'emporter, c'était si clair pour moi, il était si évident que sans elle j'aurais fini mes jours dans un de ces départements psychiatriques [...] oui c'est là que j'aurais fini j'en suis certain [...], et me sautait à la gueule combien ce qui séparait le dedans du dehors était mince, fragile, et ne tenait qu'à un fil."
pp. 40-41, 57, 69, 146, 155, 167, 170, 186
Les Lisières - Olivier Adam
J'espère qu'il ne m'en voudra pas de ces emprunts...
wAx dAutremer et rebeccA tAilor
Quelques jours déjà que je bave devant la couverture du nouvel album de Wax Tailor....
Sacrée Rebecca (je m'avance peut-être, je n'ai rien vérifié, mais on ne me fera pas croire qu'il ne s'agit pas là du trait de pinceau de la Demoiselle Dautremer !)
Rien que pour ça je pourrai l'acheter.
Et comme le reste le vaut bien et sonne chouette à mes oreilles...
Sacrée Rebecca (je m'avance peut-être, je n'ai rien vérifié, mais on ne me fera pas croire qu'il ne s'agit pas là du trait de pinceau de la Demoiselle Dautremer !)
Rien que pour ça je pourrai l'acheter.
Et comme le reste le vaut bien et sonne chouette à mes oreilles...
aujOurd'hui
Le temps passe, trépasse et me panse.
Je m'inquiète d'une amie dont je n'aurais plus de nouvelles, j'encartonne, pour la deuxième fois en treize mois, avec envie cette fois, et j'avance mi-somnambule, mi-funambule vers ce bout de vie à la quadrature inattendue.
Je regarde étonnée, ébahie, soufflée, les Petits devenir Grands. Je n'ai plus ici d'escalier pour poser mes fesses et les regarder vivre, juste les regarder vivre. Alors je m'assieds sur un bout du canapé rond à pois, et je les regarde comme ça, quand ça ne les gêne pas. Bientôt, je retrouverai un escalier.
J'entends des mots en re- : re-construction, et je n'aime pas. Je n'ai pas besoin de re- à ce mot-là.
Re-constitution... pouh, je l'ai assez fait, je connais le chemin d'où je viens, après les allégations je prétends, doucement, à l'allègement.
C'est étonnant, je n'ai jamais rien menti. Mais un jour, j'ai cru que si.
J'étais peut-être seule en ma citadelle, mais ma citadelle était bien réelle.
Et puis d'abord c'était même pas une citadelle.
Na ? ... !
Je m'inquiète d'une amie dont je n'aurais plus de nouvelles, j'encartonne, pour la deuxième fois en treize mois, avec envie cette fois, et j'avance mi-somnambule, mi-funambule vers ce bout de vie à la quadrature inattendue.
Je regarde étonnée, ébahie, soufflée, les Petits devenir Grands. Je n'ai plus ici d'escalier pour poser mes fesses et les regarder vivre, juste les regarder vivre. Alors je m'assieds sur un bout du canapé rond à pois, et je les regarde comme ça, quand ça ne les gêne pas. Bientôt, je retrouverai un escalier.
J'entends des mots en re- : re-construction, et je n'aime pas. Je n'ai pas besoin de re- à ce mot-là.
Re-constitution... pouh, je l'ai assez fait, je connais le chemin d'où je viens, après les allégations je prétends, doucement, à l'allègement.
C'est étonnant, je n'ai jamais rien menti. Mais un jour, j'ai cru que si.
J'étais peut-être seule en ma citadelle, mais ma citadelle était bien réelle.
Et puis d'abord c'était même pas une citadelle.
Na ? ... !
mercredi
fliP agAin
Finalement, je crois que c'est encore celle-ci que j'aime le mieux. Juste parfaite pour accompagner ma nuit.
fliP
Je ne connaissais pas, vous connaissiez vous ? Merci Télérama !
Mais je préfère, de l'album, encore celle-là
Mais je préfère, de l'album, encore celle-là
mardi
le cŒur qui bAt et dAnse la viE
Ce soir, je me trimballe avec elles dans les pensées.
Ce soir, je me suis autorisé une immersion dans leurs univers. A nouveau.
Comme d'autres sur lesquelles j'ai détourné les yeux, je les ai quittées du regard il y a quelques mois, deux ans ou presque. Et toute une vie s'est écoulée depuis.
Nous nous sommes croisées, ici, ailleurs, au détour d'un mot, au coin d'un resto.
J'en ai gardé, pour l'une, un mot qui ne quitte jamais les murs qui me suivent et m'accueillent.
J'ai en commun avec celle-ci Lily l'enchanteresse.
J'en ai gardé, pour l'autre, des souffles qui toujours m'ahurissent.
J'ai en commun avec celle-là... des ribambelles qui n'en finissent pas et ne s'arrêtent pas là.
Il y en a d'autres, chères à mon palpitant.
J'ai été émue, intensément, par ces petits liens qui se tissaient ou qui ne tenaient qu'à une fulgurance. Des petits bouts de trucs qui prennent leur temps, qui ont tout leur temps, et d'autres éphémères, mais qui n'en sont pas moins signes pour autant.
J'ai été émue, heureuse et émerveillée, comme souvent, comme toujours et parfois c'est saoûlant, de ces petits cailloux qui forment des pontons sur un chemin, qui tracent des dessins, des petits encouragements à être, des "va où tu veux, c'est bien", des "comme tu fais, c'est bien".
Une sororité singulière, une bienveillance accrue, une humanité complice, une solidarité persuadée.
J'ai été émue, et je m'en suis sentie niaise. Ridicule.
On a taxé tout ça, tout ce lot-là que je viens d'énumérer, de fake, de faux, de virtuel, de biaisé, d'extase mystique. On a opposé des confusions, on a monté des oppositions, le traditionnel clivage du réel/virtuel, la légitimité de l'être, et caetera.
Soit. Oui, pourquoi pas. La réduction me paraît caricaturale, un chouilla à l'emporte-pièce.
Je crois qu'il y a de la place pour tout, je crois que toutes les formes peuvent s'inviter. Je crois que les nuances font les plus belles vérités.
J'ai été attaquée, pointée du doigt, et j'en ai fait quelque chose de monstrueux, que j'ai laissé m'abîmer pour du sérieux.
J'ai douté, je me suis laissée malmener, balayer. Je ne sais pas pourquoi au juste, je ne sais pas encore à quoi, en quoi, cela m'aura servi. J'imagine qu'un matin, ce sera limpide. En attendant, je suis les escarpements de mon bonhomme de chemin, plutôt confiante, à nouveau. Et je renoue avec mes petits enthousiasmes et mes battements de cœur.
Ces femmes-là m'émeuvent et me touchent et me plaisent. Pour la poésie, le pittoresque au quotidien, et l'appel de la vie à la vie. Malgré tous les malgrés.
Ce soir, j'avais envie de leur offrir cette ballade-là
Ce soir, je me suis autorisé une immersion dans leurs univers. A nouveau.
Comme d'autres sur lesquelles j'ai détourné les yeux, je les ai quittées du regard il y a quelques mois, deux ans ou presque. Et toute une vie s'est écoulée depuis.
Nous nous sommes croisées, ici, ailleurs, au détour d'un mot, au coin d'un resto.
J'en ai gardé, pour l'une, un mot qui ne quitte jamais les murs qui me suivent et m'accueillent.
J'ai en commun avec celle-ci Lily l'enchanteresse.
J'en ai gardé, pour l'autre, des souffles qui toujours m'ahurissent.
J'ai en commun avec celle-là... des ribambelles qui n'en finissent pas et ne s'arrêtent pas là.
Il y en a d'autres, chères à mon palpitant.
J'ai été émue, intensément, par ces petits liens qui se tissaient ou qui ne tenaient qu'à une fulgurance. Des petits bouts de trucs qui prennent leur temps, qui ont tout leur temps, et d'autres éphémères, mais qui n'en sont pas moins signes pour autant.
J'ai été émue, heureuse et émerveillée, comme souvent, comme toujours et parfois c'est saoûlant, de ces petits cailloux qui forment des pontons sur un chemin, qui tracent des dessins, des petits encouragements à être, des "va où tu veux, c'est bien", des "comme tu fais, c'est bien".
Une sororité singulière, une bienveillance accrue, une humanité complice, une solidarité persuadée.
J'ai été émue, et je m'en suis sentie niaise. Ridicule.
On a taxé tout ça, tout ce lot-là que je viens d'énumérer, de fake, de faux, de virtuel, de biaisé, d'extase mystique. On a opposé des confusions, on a monté des oppositions, le traditionnel clivage du réel/virtuel, la légitimité de l'être, et caetera.
Soit. Oui, pourquoi pas. La réduction me paraît caricaturale, un chouilla à l'emporte-pièce.
Je crois qu'il y a de la place pour tout, je crois que toutes les formes peuvent s'inviter. Je crois que les nuances font les plus belles vérités.
J'ai été attaquée, pointée du doigt, et j'en ai fait quelque chose de monstrueux, que j'ai laissé m'abîmer pour du sérieux.
J'ai douté, je me suis laissée malmener, balayer. Je ne sais pas pourquoi au juste, je ne sais pas encore à quoi, en quoi, cela m'aura servi. J'imagine qu'un matin, ce sera limpide. En attendant, je suis les escarpements de mon bonhomme de chemin, plutôt confiante, à nouveau. Et je renoue avec mes petits enthousiasmes et mes battements de cœur.
Ces femmes-là m'émeuvent et me touchent et me plaisent. Pour la poésie, le pittoresque au quotidien, et l'appel de la vie à la vie. Malgré tous les malgrés.
Ce soir, j'avais envie de leur offrir cette ballade-là
lundi
Lire, le prOpre de l'hOmme et le libRe-arbitRe
Lire est le propre de l'homme, c'est ce petit recueil de témoignages et de réflexion publié et diffusé gratuitement par L'école des Loisirs l'année dernière. Ô la belle généreuse forte puissante initiative !
Je lui tourne toujours régulièrement les pages à ce recueil et n'en finit pas d'être touchée, émue, complice. Convaincue.
Rien que le sous-titre..."de l'enfant lecteur au libre électeur"
Il y est une lecture, une écriture plutôt, que j'aurais voulue de mon crû. Pour l'écho qu'elle m'a fait.
Celle de Sophie Chérer. Page 123.
Alors puisque c'est gratuit et que je cite mes sources, je ne pense léser personne... Bien sûr, puisque je ne retranscris pas ici son texte dans son intégralité, mais "mes" morceaux choisis, je tronque légèrement le propos.Vous m'en excuserez
[...]
Parce que lorsqu'on me demande quel est est mon métier, je réponds facilement que je contribue, avec mes petits moyens, à la formation du citoyen en graine. Parce que, prétentieuse et jardinière, je me rêve pourvoyeuse de libre-arbitre.
Pas en faiseuse de bons petits soldats.
Merci Sophie Chérer.
Je lui tourne toujours régulièrement les pages à ce recueil et n'en finit pas d'être touchée, émue, complice. Convaincue.
Rien que le sous-titre..."de l'enfant lecteur au libre électeur"
Il y est une lecture, une écriture plutôt, que j'aurais voulue de mon crû. Pour l'écho qu'elle m'a fait.
Celle de Sophie Chérer. Page 123.
Alors puisque c'est gratuit et que je cite mes sources, je ne pense léser personne... Bien sûr, puisque je ne retranscris pas ici son texte dans son intégralité, mais "mes" morceaux choisis, je tronque légèrement le propos.Vous m'en excuserez
" Septembre 1954. Le Premier Ministre, Pierre Mendès France, s'adresse solennellement à la radio, la veille au soir de la rentrée des classes, à tous les écoliers du pays. Il commence par leur avouer son amour des grandes vacances. Lui aussi, à leur âge, voulait qu'elles durent toujours. Et, très vite, on se pose avec eux la question : Pourquoi renter à l'école alors qu'on est si bien, chez soi ou dehors, à jouer ? Et il réponds sans ambiguïté : parce que l'école existe pour donner des forces aux enfants qu'ils sont aujourd'hui, pour les cultiver, pour leur permettre de grandir et de devenir les adultes accomplis dont leur pays, et le monde, auront besoin demain.
Depuis ce temps, aucune homme politique n'a plus parlé ainsi à l'enfance et à la jeunesse de son pays, avec cette confiance et ce respect profond, sur ce ton exemplairement républicain : libre d'esprit, égal d'humeur et fraternel.
Pourquoi ?
Les temps ont changé. Une clique de cyniques dangereux est arrivée au pouvoir, qui réussit à faire passer un foulard ou une kippa sur la tête, une croix ou une médaille autour du cou, pour des déclarations de guerre à l'humanité, tandis qu'elle-même étale en toute impunité les signes par milliers, extérieurs comme intérieurs, de la vraie religion de l'époque : fric, finance, marchés boursiers, performance, technologie, flexibilité. Tout, jusques et y compris l'école doit à présent obéir à ce commandement : être rentable. Procurer une rente, donc. Mais au fait, à qui ?
[...] pour être compétitif face aux puissances émergentes du XXIe siècle, l'Occident industrialisé allait avoir besoin d'une part, d'une élite autoproductrice constituée de 10 à 20 % de la population, cultivée, matériellement aisée, affranchie à tous points de vue, et, d'autre part, d'une masse constituée des 80 à 90 % restants, sous-développée intellectuellement, inculte, surendettée. Des petits consommateurs en rangs par deux, drogués aux gadgets, principalement préoccupés de suivre les modes imposées, incapables de remise en question privés d'esprit critique et de références. Bridés par la trouille de perdre leur place.[...]
Nous, être humains, avons cessé d'être des âtres de langage. Nous sommes devenus des êtres de force de vente et de pouvoir d'achat. Ce qui nous est inutile, voire nuisible, nous est présenté comme indispensable. Ce qui nous est vital, la splendeur de la nature, la vie de l'esprit, le temps de vivre, la curiosité intellectuelle, l'amitié avec quelques grands hommes et femmes du passé, nous est présenté comme vain, trop coûteux, non rentable, irréaliste.
[...]
Les scientifiques nous l'apprennent : c'est entre trois et quinze ans que l'organisme humain assimile le mieux le calcium. C'est durant cette période de douze ans qu'il se bâtit un squelette, une colonne vertébrale à toute épreuve. Ensuite il est (un peu) trop tard.
Eh bien, il existe un calcium de l'âme.
Les enfants, au fond d'eux, en sont parfaitement conscients. Ils ont soif de parole fortes, de lectures nourrissantes, de textes qui ne les laissent pas seuls avec leurs questions, leurs tourments, leurs désirs, leurs angoisses, d'exemples, d'adultes qui leur donnent envie de grandir, d'expériences fondatrices qui les animent et les structurent au moment où ils en ont le plus besoin, et où ils sont le plus aptes à les retenir par toutes leurs fibres, à en faire un miel capable de couler leur vie durant.
Eh bien, il existe un calcium de l'âme.
Les enfants, au fond d'eux, en sont parfaitement conscients. Ils ont soif de parole fortes, de lectures nourrissantes, de textes qui ne les laissent pas seuls avec leurs questions, leurs tourments, leurs désirs, leurs angoisses, d'exemples, d'adultes qui leur donnent envie de grandir, d'expériences fondatrices qui les animent et les structurent au moment où ils en ont le plus besoin, et où ils sont le plus aptes à les retenir par toutes leurs fibres, à en faire un miel capable de couler leur vie durant.
[...]
Mais ne nous lassons pas non plus d'argumenter, d'exposer, d'expliquer partout où nous avons l'occasion de rencontrer des enfants et des adolescents, que quelqu'un, quelque part, a intérêt -un intérêt morbide - à ce qu'ils soient incultes, incapables de penser et de parler (car on peut très bien savoir lire, écrire et compter - qui sont des moyens - si c'est en méconnaissance complète des fins : la parole et la pensée libres, à quoi bon ?).
Pensons à leur faire découvrir aussi une phrase décidément méconnue de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, en son article 2, qui dit que "les droits naturels et imprescriptibles de l'homme" sont "la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression".
La résistance à l'oppression."
Pensons à leur faire découvrir aussi une phrase décidément méconnue de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, en son article 2, qui dit que "les droits naturels et imprescriptibles de l'homme" sont "la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression".
La résistance à l'oppression."
Parce que lorsqu'on me demande quel est est mon métier, je réponds facilement que je contribue, avec mes petits moyens, à la formation du citoyen en graine. Parce que, prétentieuse et jardinière, je me rêve pourvoyeuse de libre-arbitre.
Pas en faiseuse de bons petits soldats.
Merci Sophie Chérer.
dimanche
liRe
J'ai lu dans le Elle, à la fin de l'interview de la jolie demoiselle Lou D.
"Ça fait 10 ans que ça va mal [...]. Si j'avais eu plein d'argent ou si j'avais eu 3 films encensés par la critique, cet album n'aurait pas existé. Aujourd'hui je suis la preuve qu'il ne faut rien changer. J'ai mis du temps à me trouver, on a mis du temps à me trouver, mais tout est bien qui finit bien puisque j'existe enfin".
Et je pense à mon Amie Chère, une autre jolie demoiselle L. J'ajouterais juste que là n'est pas la fin.
J'ai lu dans le Elle ces propos d'Amélie N.
"Il n'y a aucun calcul. C'est devenu une seconde nature. [...] Je vous parle là de choses infiniment délicates, j'en ai conscience. [...] Je suis dans un double mouvement : tentée de révéler ce qui me dévore, en m'en approchant le plus possible par l'écriture, et obligée de me taire. C'est ainsi que mes livres s'imposent à moi. [...] il y a aussi tous ceux que j'écris et qui ne seront pas lus parce que je ne le veux pas. Ils me soulagent et me sont nécessaires mais ils ne s'adressent qu'à moi. [...] au moment de l'écriture, la question qui se pose c'est : "jusqu'où vais-je pouvoir m'approcher de l'indicible ?". [...] ma façon [...] c'est d'être enceinte d'un livre tout le temps.[...] les idées s'emparent de moi et je n'ai pas d'autre choix que d'accoucher."
Et je pense à ma pomme. Sauf que ce ne sont pas (encore ?) des livres que j'écris. C'est prétentieux, non ? Mais c'est tellement comme ça.
J'ai lu Olivier Adam, qui me ramène à chaque fois à cet homme que j'ai aimé tellement fort, tellement qu'il n'avait plus besoin de s'aimer lui-même, croyait-il. Tellement qu'il s'est extrait de notre vie, est allé en explorer d'autres ailleurs, un peu zombie, un peu lui. Il avait oublié que j'avais besoin d'être nourrie. Sûr qu'il était que je pourrais tout aimer et tout tenir pour deux. Mais je n'ai pas su. Je me suis cassée. Démantibulée. Desséchée.
"Je n'étais jamais là. Je ne l'avais jamais vraiment été. C'était comme une maladie. Qui remontait à mes origines. Ma vie s'ouvrait sur un trou noir. Une absence. Un socle dont rien ne subsistait et dont je continue aujourd'hui à me dire qu'il m'a toujours manqué. Ma vie était bâtie sur du sable. Des années enfuies dont ne subsisitaient qu'une matière opaque, impénétrable."
Je n'ai pas fini de lire Les Lisières, je n'en suis qu'à la lisière (elle était facile, j'en conviens).
"Ça fait 10 ans que ça va mal [...]. Si j'avais eu plein d'argent ou si j'avais eu 3 films encensés par la critique, cet album n'aurait pas existé. Aujourd'hui je suis la preuve qu'il ne faut rien changer. J'ai mis du temps à me trouver, on a mis du temps à me trouver, mais tout est bien qui finit bien puisque j'existe enfin".
Et je pense à mon Amie Chère, une autre jolie demoiselle L. J'ajouterais juste que là n'est pas la fin.
J'ai lu dans le Elle ces propos d'Amélie N.
"Il n'y a aucun calcul. C'est devenu une seconde nature. [...] Je vous parle là de choses infiniment délicates, j'en ai conscience. [...] Je suis dans un double mouvement : tentée de révéler ce qui me dévore, en m'en approchant le plus possible par l'écriture, et obligée de me taire. C'est ainsi que mes livres s'imposent à moi. [...] il y a aussi tous ceux que j'écris et qui ne seront pas lus parce que je ne le veux pas. Ils me soulagent et me sont nécessaires mais ils ne s'adressent qu'à moi. [...] au moment de l'écriture, la question qui se pose c'est : "jusqu'où vais-je pouvoir m'approcher de l'indicible ?". [...] ma façon [...] c'est d'être enceinte d'un livre tout le temps.[...] les idées s'emparent de moi et je n'ai pas d'autre choix que d'accoucher."
Et je pense à ma pomme. Sauf que ce ne sont pas (encore ?) des livres que j'écris. C'est prétentieux, non ? Mais c'est tellement comme ça.
J'ai lu Olivier Adam, qui me ramène à chaque fois à cet homme que j'ai aimé tellement fort, tellement qu'il n'avait plus besoin de s'aimer lui-même, croyait-il. Tellement qu'il s'est extrait de notre vie, est allé en explorer d'autres ailleurs, un peu zombie, un peu lui. Il avait oublié que j'avais besoin d'être nourrie. Sûr qu'il était que je pourrais tout aimer et tout tenir pour deux. Mais je n'ai pas su. Je me suis cassée. Démantibulée. Desséchée.
"Je n'étais jamais là. Je ne l'avais jamais vraiment été. C'était comme une maladie. Qui remontait à mes origines. Ma vie s'ouvrait sur un trou noir. Une absence. Un socle dont rien ne subsistait et dont je continue aujourd'hui à me dire qu'il m'a toujours manqué. Ma vie était bâtie sur du sable. Des années enfuies dont ne subsisitaient qu'une matière opaque, impénétrable."
Je n'ai pas fini de lire Les Lisières, je n'en suis qu'à la lisière (elle était facile, j'en conviens).
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