Affichage des articles dont le libellé est écrire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est écrire. Afficher tous les articles

mercredi

mAlheur

J'ai retrouvé dans mon tiroir, chiffonné sous un vieux mouchoir, un petit bout de papier sur lequel j'avais écrit 

Et je me penche sur mon petit malheur, et je le ressasse et je le caresse.
Ce n'est rien qu'un p'tit malheur, un p'tit malheur de rien, un p'tit malheur ni plus ni moins.
Mais celui-là, c'est le mien. Alors j'y tiens.

mardi

pschiii pschii pschi

Derrière tÔa il y avait mÔa,
et devant tÔa aussi parfois.
Autour, il y avait des gens.
Des gens qui disaient quelque chose.

Il y avait des gens qui pensaient des choses.
Des gens qui imaginaient des choses.
Qui s'imaginaient des trucs.

Il y avait des bruits de pas dans les allées,
des bruits de pas qui résonnaient sur le pavé,
des talons qui claquaient,
des foulées dans l'escalier.

Il y avait du bruit, on ne s'entendait plus.
Il y avait le chuchotement bruissant de ces gens pensants.
Il y avait du silence qu'on ne distinguait plus
assourdi par leurs bruits confus.

Pandore enivrée chevauchait Gorgone médusée.

Et le lendemain, le jour s'est levé.


jeudi

dAns les mOts des autRes

J'ai toujours le souffle court à trouver dans les mots des autres le contour de gens croisés, aimés, accompagnés, accompagnateurs d'aujourd'hui ou passés. Ça me saisit, ça me crie vrai.
Entre les mots, j'extrais, je concasse, je presse et je trace le portrait qui sied le mieux au regard que je pose. Je suis voleuse de mots.

"Il n'y avait qu'une seule vie. Et j'avais toujours été incapable de la vivre vraiment. Au final j'avais choisi de contourner l'obstacle. J'avais choisi de déserter. Je n'en étais pas spécialement fier. [...] La moindre contrainte me pesait. Obéir à un patron, me lever pour me rendre au bureau était au-dessus de mes forces. [...] elle a fini par trouver ça indécent, cette façon d'affirmer que je n'étais pas fait pour [...] la vie sociale. Comme si quelqu'un l'était.[...] J'affirmais à qui voulait l'entendre que c'était tout le contraire, que [...] je reprenais possession. Du monde des autres et de moi-même, que j'étais précisément au cœur de la vie quand tout le monde en était détourné par obligation, fatigue ou paresse [...]. Mais je n'étais pas dupe de mes propres mensonges. J'avais déserté. On pouvait y voir une forme de courage ou de lâcheté, c'était selon. La deuxième hypothèse avait ma préférence."

"Et si je réfléchissais un instant c'était là la marque de la plupart de mes amitiés masculines. Au fil des années, j'avais toujours jeté mon dévolu sur des types brillants qui m'entraînaient dans leur sillage, dont j'enviais la beauté, la légèreté, le charme. Ils étaient en quelque sorte mon négatif et je les regardais d'en-dessous, guettant les miettes d'affection et de confiance qu'ils voudraient bien me prodiguer." 

"Cette géographie indistincte où j'avais poussé sans m'en souvenir. Confusément, ces trois éléments semblaient étroitement liés, me paraissaient éclairer quelque chose. J'y lisais les fondations de mon goût pour les échappées, de mon penchant pour la fuite et l'absence, l'effacement. J'y comprenais mieux ma défiance des racines, des identités confinées et rances, ma capacité à me sentir chez moi à l'autre bout du monde, de me choisir des refuges et de tout y réinventer.

"[...] à cette heure où [...] quelque chose se tendait dans la maison, [...], après ça c'était foutu, j'étais un peu [...] parti, S. finissait par tout prendre en charge dans la maison pendant que je me noyais dans la musique, une cigarette à la bouche."

"Sans doute n'étais-je pas assez soigneux. Tout ce que j'utilisais se dégradait sur-le-champ. A peine achetée une veste sur mes épaules paraissait vieille de dix ans." 

"[...] j'avais tant à rattraper, une vie entière croyais-je, j'avais tellement tout gardé en moi, j'avais tellement vécu verrouillé à l'intérieur de moi-même, j'attendais que quelqu'un me délivre, j'attendais qu'on m'offre un abri, un regard, un visage comme un refuge." 

"[...] et je m'en voulais de n'avoir su nous garder de l'usure, des entailles, des éraflures que le temps s'était chargé d'élargir, jusqu'à creuser un gouffre dont je n'avais pas eu la moindre idée avant qu'il ne nous engloutisse." 

"J'aurais tout donné pour reprendre les choses au bon endroit et épargner à mes enfants la souffrance que je leur infligeais en ayant été infoutu de garder leur mère auprès de moi, ou plutôt de me garder près d'elle, de la ménager un peu, de ne pas tant me reposer sur elle, qui gouvernait chacun de nos jours, qui savait toujours quoi faire en n'importe quelle circonstance, sans qui nous n'aurions rien connu de cette vie, sans qui je me serais effacé, [...] puisque sans elle j'étais tout juste bon à m'enfermer dans un placard, tremblant d'une peur indéchiffrable, rongé par un mal que rien n'étouffait, ni l'alcool ni les médicaments, un mal qui était une maladie incurable qui allait finir par m'emporter, c'était si clair pour moi, il était si évident que sans elle j'aurais fini mes jours dans un de ces départements psychiatriques [...] oui c'est là que j'aurais fini j'en suis certain [...], et me sautait à la gueule combien ce qui séparait le dedans du dehors était mince, fragile, et ne tenait qu'à un fil."

pp. 40-41, 57, 69, 146, 155, 167, 170, 186 
Les Lisières - Olivier Adam 
J'espère qu'il ne m'en voudra pas de ces emprunts...

aujOurd'hui

Le temps passe, trépasse et me panse.

Je m'inquiète d'une amie dont je n'aurais plus de nouvelles, j'encartonne, pour la deuxième fois en treize mois, avec envie cette fois, et j'avance mi-somnambule, mi-funambule vers ce bout de vie à la quadrature inattendue.

Je regarde étonnée, ébahie, soufflée, les Petits devenir Grands. Je n'ai plus ici d'escalier pour poser mes fesses et les regarder vivre, juste les regarder vivre. Alors je m'assieds sur un bout du canapé rond à pois, et je les regarde comme ça, quand ça ne les gêne pas. Bientôt, je retrouverai un escalier.

J'entends des mots en re- : re-construction, et je n'aime pas. Je n'ai pas besoin de re- à ce mot-là.
Re-constitution... pouh, je l'ai assez fait, je connais le chemin d'où je viens, après les allégations je prétends, doucement, à l'allègement.

C'est étonnant, je n'ai jamais rien menti. Mais un jour, j'ai cru que si.
J'étais peut-être seule en ma citadelle, mais ma citadelle était bien réelle.
Et puis d'abord c'était même pas une citadelle.
Na ? ... !

lundi

Lire, le prOpre de l'hOmme et le libRe-arbitRe

Lire est le propre de l'homme, c'est ce petit recueil de témoignages et de réflexion publié et diffusé gratuitement par L'école des Loisirs l'année dernière. Ô la belle généreuse forte puissante initiative !

Je lui tourne toujours régulièrement les pages à ce recueil et n'en finit pas d'être touchée, émue, complice. Convaincue.
Rien que le sous-titre..."de l'enfant lecteur au libre électeur"

Il y est une lecture, une écriture plutôt, que j'aurais voulue de mon crû. Pour l'écho qu'elle m'a fait.
Celle de Sophie Chérer. Page 123.
Alors puisque c'est gratuit et que je cite mes sources, je ne pense léser personne... Bien sûr, puisque je ne retranscris pas ici son texte dans son intégralité, mais "mes" morceaux choisis, je tronque légèrement le propos.Vous m'en excuserez

" Septembre 1954. Le Premier Ministre, Pierre Mendès France, s'adresse solennellement à la radio, la veille au soir de la rentrée des classes, à tous les écoliers du pays. Il commence par leur avouer son amour des grandes vacances. Lui aussi, à leur âge, voulait qu'elles durent toujours. Et, très vite, on se pose avec eux la question : Pourquoi renter à l'école alors qu'on est si bien, chez soi ou dehors, à jouer ? Et il réponds sans ambiguïté : parce que l'école existe pour donner des forces aux enfants qu'ils sont aujourd'hui, pour les cultiver, pour leur permettre de grandir et de devenir les adultes accomplis dont leur pays, et le monde, auront besoin demain.
Depuis ce temps, aucune homme politique n'a plus parlé ainsi à l'enfance et à la jeunesse de son pays, avec cette confiance et ce respect profond, sur ce ton exemplairement républicain : libre d'esprit, égal d'humeur et fraternel.
Pourquoi ?
Les temps ont changé. Une clique de cyniques dangereux est arrivée au pouvoir, qui réussit à faire passer un foulard ou une kippa sur la tête, une croix ou une médaille autour du cou, pour des déclarations de guerre à l'humanité, tandis qu'elle-même étale en toute impunité les signes par milliers, extérieurs comme intérieurs, de la vraie religion de l'époque : fric, finance, marchés boursiers, performance, technologie, flexibilité. Tout, jusques et y compris l'école doit à présent obéir à ce commandement : être rentable. Procurer une rente, donc. Mais au fait, à qui ?
[...] pour être compétitif face aux puissances émergentes du XXIe siècle, l'Occident industrialisé allait avoir besoin d'une part, d'une élite autoproductrice constituée de 10 à 20 % de la population, cultivée, matériellement aisée, affranchie à tous points de vue, et, d'autre part, d'une masse constituée des 80 à 90 % restants, sous-développée intellectuellement, inculte, surendettée. Des petits consommateurs en rangs par deux, drogués aux gadgets, principalement préoccupés de suivre les modes imposées, incapables de remise en question privés d'esprit critique et de références. Bridés par la trouille de perdre leur place.
[...]
Nous, être humains, avons cessé d'être des âtres de langage. Nous sommes devenus des êtres de force de vente et de pouvoir d'achat. Ce qui nous est inutile, voire nuisible, nous est présenté comme indispensable. Ce qui nous est vital, la splendeur de la nature, la vie de l'esprit, le temps de vivre, la curiosité intellectuelle, l'amitié avec quelques grands hommes et femmes du passé, nous est présenté comme vain, trop coûteux, non rentable, irréaliste.
[...]
Les scientifiques nous l'apprennent : c'est entre trois et quinze ans que l'organisme humain assimile le mieux le calcium. C'est durant cette période de douze ans qu'il se bâtit un squelette, une colonne vertébrale à toute épreuve. Ensuite il est (un peu) trop tard.
Eh bien, il existe un calcium de l'âme.
Les enfants, au fond d'eux, en sont parfaitement conscients. Ils ont soif de parole fortes, de lectures nourrissantes, de textes qui ne les laissent pas seuls avec leurs questions, leurs tourments, leurs désirs, leurs angoisses, d'exemples, d'adultes qui leur donnent envie de grandir, d'expériences fondatrices qui les animent et les structurent au moment où ils en ont le plus besoin, et où ils sont le plus aptes à les retenir par toutes leurs fibres, à en faire un miel capable de couler leur vie durant.
[...]
Mais ne nous lassons pas non plus d'argumenter, d'exposer, d'expliquer partout où nous avons l'occasion de rencontrer des enfants et des adolescents, que quelqu'un, quelque part, a intérêt -un intérêt morbide - à ce qu'ils soient incultes, incapables de penser et de parler (car on peut très bien savoir lire, écrire et compter - qui sont des moyens - si c'est en méconnaissance complète des fins : la parole et la pensée libres, à quoi bon ?).
Pensons à leur faire découvrir aussi une phrase décidément méconnue de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, en son article 2, qui dit que "les droits naturels et imprescriptibles de l'homme" sont "la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression".
La résistance à l'oppression."



Parce que lorsqu'on me demande quel est est mon métier, je réponds facilement que je contribue, avec mes petits moyens, à la formation du citoyen en graine. Parce que, prétentieuse et jardinière, je me rêve pourvoyeuse de libre-arbitre.
Pas en faiseuse de bons petits soldats.

Merci Sophie Chérer.

jeudi

Des soirs & des nuits. Des matins aussi.

Il y a des soirs où j'aime regarder la pluie battre le pavé,
Il y a des soirs où j'aimerais être cette pluie qui bat le pavé.

Il y a des soirs où rien n'a de bon,
Il y a des soirs où je ne suis bonne à rien.

Il y a des soirs où je m'en fous,
Il y a des soirs où c'est fou.

Il y a des soirs déments où le moindre des moindres tourne au tourment.

Il y a des soirs où les idées fixes m'observent silencieusement puis m'envahissent.

Il y a des soirs où je suis la seule à ne pas me comprendre.

Il y a des nuits où je me dis que je n'arriverai jamais à désherber cette forêt. Mais pour combien d'entre elles dois-je désherber ? Combien y sommes-nous planquées ? Quelle est ma parcelle ?
Et je hausse les épaules, et je hausse le pas, je reprends ma serpe et j'y vais. On verra bien quand je m'arrêterai. De toutes manières c'est bien mon chemin choisi, n'est-ce pas ?

Il y a des nuits où j'imagine que je suis sorcière, à n'aimer rien tant que les alambics. A m'y retrouver, là.

Il y a des nuits où je crève de rage, encore.
Il y a des nuits où je n'ai plus de visage.

Il y a des nuits où je fais trois petits bonds. De biais.
Il y a des nuits où je me dis que ma chorégraphie m'a estropiée.

Il y a des pluies qui m'amenuisent.


Il y a des matins où je vais très bien. Merci.


lundi

N.

NOCIVITÉ
(Larousse) Caratère de quelque chose qui est nocif, nuisible, dangereux.
Caractère de ce qui est pernicieux, , socialement, moralement nuisible.
NOCIF
(Larousse) Qui est de nature à nuire à l'organisme.
Qui est dangereux, pernicieux, funeste.
PERNICIEUX
(Larousse) Qui est dangereux pour la santé, nocif.
Qui est moralement mauvais, nuisible.
NUISIBLE
(Larousse) Qui fait tort à quelque chose, à quelqu'un ; dangereux, néfaste.
NÉFASTE
(Larousse) Qui peut avoir des conséquences fâcheuses, qui est susceptible de causer des dommages, de faire du mal. Nuisible. FUNESTE
(Larousse) Qui apporte le malheur avec soi, qui entraîne des conséquences néfastes, parfois mortelles.
Qui nuit, peut causer de grands dommages.


(ma) Nocivité se joue de ma dignité, joue à cache-cache avec mon humeur, mon terreau. Me flanque à terre, se moque de moi. Et me rattrape à chaque fois.
(ma) Nocivité joue les papiers tue-mouche poisseux, elle me colle aux cheveux, elle me colle aux yeux.
Et je me voudrais souris, trouver des essuie-glace pour de bon, me faire hypnotiser par un vampire.
Je me voudrais sourde et ne plus entendre sonner son glas. Ni son la.

Ou bien n'est-ce qu'un mirage ?

A part ça, je vais bien. Hé hé.


vendredi

Deux

Elles étaient deux sur la route à se tenir la main,
Deux accroupies au bord du chemin
A regarder le même caillou luire après la pluie du matin.
Elles étaient deux à regarder au loin,
Deux à rire parce que c'était mieux que de se laisser pétrir par le chagrin.
C'était mieux pour ne pas se laisser envahir par les herbes folles du Rien.
Deux à crever de l'indifférence autour et des bords des ravins.
Elles étaient deux et n'avaient plus que trois mains,
Et la force d'un levier pour soulever le bouclier posé sur leurs demains.

Au neuvième matin, le jour les a trouvées déliées.
La nuit avait fini son tour, d'autres horizons se dévoilaient.
Au petit jour elles se sont regardées, étonnées.
Elles avaient quatre mains.
Et les pieds sur d'autres chemins.
Chacune le sien.