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jeudi

Les LisièRes

Au-delà des mots-échos, des résonances intimes et universelles, j'ai aimé, aimé, aimé Les Lisières, à le lire à petite lampée, pour ne pas le quitter trop vite, trop tôt, aimé pour le regard sur l'usure de "notre" société, petit rat rongeur grignotant posé sur "nos" épaules. Enfin, sur celles de certains plus que d'autres.
Je n'y ai pas lu de prosélytisme, sans doute suis-je public conquis, captif ou convaincu.
Je n'y ai pas lu de jugement à l'emporte-pièce, plutôt de la tendresse malgré le regard implacable. Ou de la compassion (je vais me faire détester, là). De la compréhension, de la désolation.

Et pour ce questionnement-l'air-de-rien qui me plaît tant, cette dichotomie étrange et sans lieu à mes yeux : vivre la vie, écrire la vie. Comme s'il y avait là une antinomie. Comme si les mots posés devaient être porteurs d'une vérité tangible et incontestable, d'une réalité stricte et exhaustive...
Ai-je le droit d'écrire ce que j'écris. Suis-je légitime ? Qui l'est ?
Ici ou là, j'écris ce que je suis et je suis ce que j'écris. Rien que ce que j'écris, tout ce que j'écris. Je le jure. Et la marmotte, elle plie le chocolat, et le lecteur, tout ballot qu'il est, est né de la dernière pluie sur une feuille d'acacia !

Une vie écrite, c'est une vie aussi, non ?

Les Lisières - Oliver Adam - Flammarion
(dont je vous conseille cette chouette et parfaite critique)

dAns les mOts des autRes

J'ai toujours le souffle court à trouver dans les mots des autres le contour de gens croisés, aimés, accompagnés, accompagnateurs d'aujourd'hui ou passés. Ça me saisit, ça me crie vrai.
Entre les mots, j'extrais, je concasse, je presse et je trace le portrait qui sied le mieux au regard que je pose. Je suis voleuse de mots.

"Il n'y avait qu'une seule vie. Et j'avais toujours été incapable de la vivre vraiment. Au final j'avais choisi de contourner l'obstacle. J'avais choisi de déserter. Je n'en étais pas spécialement fier. [...] La moindre contrainte me pesait. Obéir à un patron, me lever pour me rendre au bureau était au-dessus de mes forces. [...] elle a fini par trouver ça indécent, cette façon d'affirmer que je n'étais pas fait pour [...] la vie sociale. Comme si quelqu'un l'était.[...] J'affirmais à qui voulait l'entendre que c'était tout le contraire, que [...] je reprenais possession. Du monde des autres et de moi-même, que j'étais précisément au cœur de la vie quand tout le monde en était détourné par obligation, fatigue ou paresse [...]. Mais je n'étais pas dupe de mes propres mensonges. J'avais déserté. On pouvait y voir une forme de courage ou de lâcheté, c'était selon. La deuxième hypothèse avait ma préférence."

"Et si je réfléchissais un instant c'était là la marque de la plupart de mes amitiés masculines. Au fil des années, j'avais toujours jeté mon dévolu sur des types brillants qui m'entraînaient dans leur sillage, dont j'enviais la beauté, la légèreté, le charme. Ils étaient en quelque sorte mon négatif et je les regardais d'en-dessous, guettant les miettes d'affection et de confiance qu'ils voudraient bien me prodiguer." 

"Cette géographie indistincte où j'avais poussé sans m'en souvenir. Confusément, ces trois éléments semblaient étroitement liés, me paraissaient éclairer quelque chose. J'y lisais les fondations de mon goût pour les échappées, de mon penchant pour la fuite et l'absence, l'effacement. J'y comprenais mieux ma défiance des racines, des identités confinées et rances, ma capacité à me sentir chez moi à l'autre bout du monde, de me choisir des refuges et de tout y réinventer." 

"[...] à cette heure où [...] quelque chose se tendait dans la maison, [...], après ça c'était foutu, j'étais un peu [...] parti, S. finissait par tout prendre en charge dans la maison pendant que je me noyais dans la musique, une cigarette à la bouche."

"Sans doute n'étais-je pas assez soigneux. Tout ce que j'utilisais se dégradait sur-le-champ. A peine achetée une veste sur mes épaules paraissait vieille de dix ans." 

"[...] j'avais tant à rattraper, une vie entière croyais-je, j'avais tellement tout gardé en moi, j'avais tellement vécu verrouillé à l'intérieur de moi-même, j'attendais que quelqu'un me délivre, j'attendais qu'on m'offre un abri, un regard, un visage comme un refuge." 

"[...] et je m'en voulais de n'avoir su nous garder de l'usure, des entailles, des éraflures que le temps s'était chargé d'élargir, jusqu'à creuser un gouffre dont je n'avais pas eu la moindre idée avant qu'il ne nous engloutisse." 

"J'aurais tout donné pour reprendre les choses au bon endroit et épargner à mes enfants la souffrance que je leur infligeais en ayant été infoutu de garder leur mère auprès de moi, ou plutôt de me garder près d'elle, de la ménager un peu, de ne pas tant me reposer sur elle, qui gouvernait chacun de nos jours, qui savait toujours quoi faire en n'importe quelle circonstance, sans qui nous n'aurions rien connu de cette vie, sans qui je me serais effacé, [...] puisque sans elle j'étais tout juste bon à m'enfermer dans un placard, tremblant d'une peur indéchiffrable, rongé par un mal que rien n'étouffait, ni l'alcool ni les médicaments, un mal qui était une maladie incurable qui allait finir par m'emporter, c'était si clair pour moi, il était si évident que sans elle j'aurais fini mes jours dans un de ces départements psychiatriques [...] oui c'est là que j'aurais fini j'en suis certain [...], et me sautait à la gueule combien ce qui séparait le dedans du dehors était mince, fragile, et ne tenait qu'à un fil."

pp. 40-41, 57, 69, 146, 155, 167, 170, 186 
Les Lisières - Olivier Adam 
J'espère qu'il ne m'en voudra pas de ces emprunts...

wAx dAutremer et rebeccA tAilor

Quelques jours déjà que je bave devant la couverture du nouvel album de Wax Tailor....
Sacrée Rebecca (je m'avance peut-être, je n'ai rien vérifié, mais on ne me fera pas croire qu'il ne s'agit pas là du trait de pinceau de la Demoiselle Dautremer !)
Rien que pour ça je pourrai l'acheter.

Et comme le reste le vaut bien et sonne chouette à mes oreilles...


aujOurd'hui

Le temps passe, trépasse et me panse.

Je m'inquiète d'une amie dont je n'aurais plus de nouvelles, j'encartonne, pour la deuxième fois en treize mois, avec envie cette fois, et j'avance mi-somnambule, mi-funambule vers ce bout de vie à la quadrature inattendue.

Je regarde étonnée, ébahie, soufflée, les Petits devenir Grands. Je n'ai plus ici d'escalier pour poser mes fesses et les regarder vivre, juste les regarder vivre. Alors je m'assieds sur un bout du canapé rond à pois, et je les regarde comme ça, quand ça ne les gêne pas. Bientôt, je retrouverai un escalier.

J'entends des mots en re- : re-construction, et je n'aime pas. Je n'ai pas besoin de re- à ce mot-là.
Re-constitution... pouh, je l'ai assez fait, je connais le chemin d'où je viens, après les allégations je prétends, doucement, à l'allègement.

C'est étonnant, je n'ai jamais rien menti. Mais un jour, j'ai cru que si.
J'étais peut-être seule en ma citadelle, mais ma citadelle était bien réelle.
Et puis d'abord c'était même pas une citadelle.
Na ? ... !

Ce sOir

Ce soir mes Filles, radieuses et pleines de mots d'amour, s'invitent à dormir à l'appart'.
Ce n'était pas prévu, c'est un débarquement inopiné. Qui me plaît, qui me plaît, qui me plaît.
Pour ce soir, les Gars restent avec leur papa.
Pour ce soir, on plateau-télète entre Pépettes, on spaghetti-bologne, on Reine des Pommes (merci Lisa). On sourit, on n'arrête pas, heureuses de se retrouver après tout ce (trop) long mois.

Ce soir la vie est sacrément jolie et je n'échangerais pas ma nuit pour tout un paradis. Ce soir elles sont mon Paradis !

(et v'lan comment surcharger les épaules de ses gosses en deux temps-trois mouvements !)


 

Des soirs & des nuits. Des matins aussi.

Il y a des soirs où j'aime regarder la pluie battre le pavé,
Il y a des soirs où j'aimerais être cette pluie qui bat le pavé.

Il y a des soirs où rien n'a de bon,
Il y a des soirs où je ne suis bonne à rien.

Il y a des soirs où je m'en fous,
Il y a des soirs où c'est fou.

Il y a des soirs déments où le moindre des moindres tourne au tourment.

Il y a des soirs où les idées fixes m'observent silencieusement puis m'envahissent.

Il y a des soirs où je suis la seule à ne pas me comprendre.

Il y a des nuits où je me dis que je n'arriverai jamais à désherber cette forêt. Mais pour combien d'entre elles dois-je désherber ? Combien y sommes-nous planquées ? Quelle est ma parcelle ?
Et je hausse les épaules, et je hausse le pas, je reprends ma serpe et j'y vais. On verra bien quand je m'arrêterai. De toutes manières c'est bien mon chemin choisi, n'est-ce pas ?

Il y a des nuits où j'imagine que je suis sorcière, à n'aimer rien tant que les alambics. A m'y retrouver, là.

Il y a des nuits où je crève de rage, encore.
Il y a des nuits où je n'ai plus de visage.

Il y a des nuits où je fais trois petits bonds. De biais.
Il y a des nuits où je me dis que ma chorégraphie m'a estropiée.

Il y a des pluies qui m'amenuisent.


Il y a des matins où je vais très bien. Merci.


vendredi

3 jours avec L.

ou bien 3 jours avec Ailes, ou bien 3 jours avec Elle.

Trois jours légers au creux d'un été qui l'est un peu moins.
Trois jours et trois nuits.
Simples.

Des sourires, des rires. Des regards, droits dans les yeux. Une écoute. Son écoute. Sa présence sans faille.
Ses mots, toujours honnêtes, jamais jugeants. Son encouragement à être. Et toujours, son implacable honnêteté.

Mon Amie.

Debout, même à moitié à genoux.
Volontaire et décidée, malgré les reflux des marées, ces trucs qui reviennent vous choper par le bas du jupon alors même que vous avancez.
Forte. Je ne compte plus les croche-pieds ces derniers mois, les trucs à vous rétamer la tronche sur le macadam, qui s'enchainent sans relâche, des trébuche-tout. Par hasard ou par malchance. Pas toujours honnêtes, de mauvaise foi ou malhabiles. Ces trucs qu'elle ne juge pas, chacun fait comme il peut. Elle entend toujours toutes les raisons des colères des autres.

Et je la retrouve, seule, ne lâchant pas son flambeau.
Elle a été malmenée, elle s'est un peu malmenée elle-même. Elle a été la sorcière de plus d'un, et d'une. Elle a le cœur qui saigne, elle s'est pris des coins du quotidien au coin du bec, elle a le menton en marmelade et l'œil poché. Croit-elle.

En vrai, elle est lumineuse -les regards croisés dans la rue me donnent raison ! Généreuse. Fidèle. Fidèle à elle-même.

Elle ne fait pas de sa douleur le centre du monde, elle n'en fait même pas le centre de son monde.
Elle avance, ne lâche pas, bouge des meubles, peint des murs, elle fait les démarches que cette nouvelle maison demande. Elle pense à ses enfants, les écoute, réfléchit, les accompagne. Elle pense à ses amis, les écoute, réfléchit, les accompagne.
Elle ne se noie pas dans un activisme forcené. Elle fait ce qu'il y a à faire, quand il faut le faire (elle m'épate pour ça, je commence à peine à pouvoir le faire à nouveau. Elle n'a jamais lâché ça).
Elle ne se met pas en retrait, elle parle, elle partage. Au creux d'elle, il y a toujours autant de place pour les gens qu'elle aime.

Elle se sent creuse et vide. Et moi je vois un émerveillement qui n'a jamais été éteint.
Je la vois se nourrir de ce qui la touche, de ce qui l'émeut, de ce qui la meut. J'entends sa curiosité, des autres, de soi. Ses engagements.

Le mouvement est plus lent, peut-être. L'enthousiasme un peu farouche. La confiance un peu amochée.
Le contraire eut été anormal, inquiétant.
Ce n'est pas une maladie honteuse, un chagrin.

Je voudrais lui chuchoter encore
Tu te vis albatros au sol, le temps de lui ranger les ailes à ce chagrin, le temps de lui essorer la peau. C'est juste pour aujourd'hui, et pour demain peut-être encore.
 Tu te vis claudiquante et bancale. Et moi ce n'est pas la Toi que je vois. Je ne mens pas. Demain ira bien.

J'aimerais qu'elle soit pour elle-même l'Amie qu'elle est pour moi.



jeudi

la Russe espagnOle d'un soir d'été

Glâné tout à l'heure, enregistré à l'hiver et pourtant ça se sirote comme un soir d'été à Paris. Non ? Pour faire mentir mon penchant exclusif des derniers mois pour les Scandinaves pure souche, une petite espagnole qui n'a de russe que le nom. Et la silhouette peut-être.