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lundi

Lire, le prOpre de l'hOmme et le libRe-arbitRe

Lire est le propre de l'homme, c'est ce petit recueil de témoignages et de réflexion publié et diffusé gratuitement par L'école des Loisirs l'année dernière. Ô la belle généreuse forte puissante initiative !

Je lui tourne toujours régulièrement les pages à ce recueil et n'en finit pas d'être touchée, émue, complice. Convaincue.
Rien que le sous-titre..."de l'enfant lecteur au libre électeur"

Il y est une lecture, une écriture plutôt, que j'aurais voulue de mon crû. Pour l'écho qu'elle m'a fait.
Celle de Sophie Chérer. Page 123.
Alors puisque c'est gratuit et que je cite mes sources, je ne pense léser personne... Bien sûr, puisque je ne retranscris pas ici son texte dans son intégralité, mais "mes" morceaux choisis, je tronque légèrement le propos.Vous m'en excuserez

" Septembre 1954. Le Premier Ministre, Pierre Mendès France, s'adresse solennellement à la radio, la veille au soir de la rentrée des classes, à tous les écoliers du pays. Il commence par leur avouer son amour des grandes vacances. Lui aussi, à leur âge, voulait qu'elles durent toujours. Et, très vite, on se pose avec eux la question : Pourquoi renter à l'école alors qu'on est si bien, chez soi ou dehors, à jouer ? Et il réponds sans ambiguïté : parce que l'école existe pour donner des forces aux enfants qu'ils sont aujourd'hui, pour les cultiver, pour leur permettre de grandir et de devenir les adultes accomplis dont leur pays, et le monde, auront besoin demain.
Depuis ce temps, aucune homme politique n'a plus parlé ainsi à l'enfance et à la jeunesse de son pays, avec cette confiance et ce respect profond, sur ce ton exemplairement républicain : libre d'esprit, égal d'humeur et fraternel.
Pourquoi ?
Les temps ont changé. Une clique de cyniques dangereux est arrivée au pouvoir, qui réussit à faire passer un foulard ou une kippa sur la tête, une croix ou une médaille autour du cou, pour des déclarations de guerre à l'humanité, tandis qu'elle-même étale en toute impunité les signes par milliers, extérieurs comme intérieurs, de la vraie religion de l'époque : fric, finance, marchés boursiers, performance, technologie, flexibilité. Tout, jusques et y compris l'école doit à présent obéir à ce commandement : être rentable. Procurer une rente, donc. Mais au fait, à qui ?
[...] pour être compétitif face aux puissances émergentes du XXIe siècle, l'Occident industrialisé allait avoir besoin d'une part, d'une élite autoproductrice constituée de 10 à 20 % de la population, cultivée, matériellement aisée, affranchie à tous points de vue, et, d'autre part, d'une masse constituée des 80 à 90 % restants, sous-développée intellectuellement, inculte, surendettée. Des petits consommateurs en rangs par deux, drogués aux gadgets, principalement préoccupés de suivre les modes imposées, incapables de remise en question privés d'esprit critique et de références. Bridés par la trouille de perdre leur place.
[...]
Nous, être humains, avons cessé d'être des âtres de langage. Nous sommes devenus des êtres de force de vente et de pouvoir d'achat. Ce qui nous est inutile, voire nuisible, nous est présenté comme indispensable. Ce qui nous est vital, la splendeur de la nature, la vie de l'esprit, le temps de vivre, la curiosité intellectuelle, l'amitié avec quelques grands hommes et femmes du passé, nous est présenté comme vain, trop coûteux, non rentable, irréaliste.
[...]
Les scientifiques nous l'apprennent : c'est entre trois et quinze ans que l'organisme humain assimile le mieux le calcium. C'est durant cette période de douze ans qu'il se bâtit un squelette, une colonne vertébrale à toute épreuve. Ensuite il est (un peu) trop tard.
Eh bien, il existe un calcium de l'âme.
Les enfants, au fond d'eux, en sont parfaitement conscients. Ils ont soif de parole fortes, de lectures nourrissantes, de textes qui ne les laissent pas seuls avec leurs questions, leurs tourments, leurs désirs, leurs angoisses, d'exemples, d'adultes qui leur donnent envie de grandir, d'expériences fondatrices qui les animent et les structurent au moment où ils en ont le plus besoin, et où ils sont le plus aptes à les retenir par toutes leurs fibres, à en faire un miel capable de couler leur vie durant.
[...]
Mais ne nous lassons pas non plus d'argumenter, d'exposer, d'expliquer partout où nous avons l'occasion de rencontrer des enfants et des adolescents, que quelqu'un, quelque part, a intérêt -un intérêt morbide - à ce qu'ils soient incultes, incapables de penser et de parler (car on peut très bien savoir lire, écrire et compter - qui sont des moyens - si c'est en méconnaissance complète des fins : la parole et la pensée libres, à quoi bon ?).
Pensons à leur faire découvrir aussi une phrase décidément méconnue de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, en son article 2, qui dit que "les droits naturels et imprescriptibles de l'homme" sont "la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression".
La résistance à l'oppression."



Parce que lorsqu'on me demande quel est est mon métier, je réponds facilement que je contribue, avec mes petits moyens, à la formation du citoyen en graine. Parce que, prétentieuse et jardinière, je me rêve pourvoyeuse de libre-arbitre.
Pas en faiseuse de bons petits soldats.

Merci Sophie Chérer.

N.

NOCIVITÉ
(Larousse) Caratère de quelque chose qui est nocif, nuisible, dangereux.
Caractère de ce qui est pernicieux, , socialement, moralement nuisible.
NOCIF
(Larousse) Qui est de nature à nuire à l'organisme.
Qui est dangereux, pernicieux, funeste.
PERNICIEUX
(Larousse) Qui est dangereux pour la santé, nocif.
Qui est moralement mauvais, nuisible.
NUISIBLE
(Larousse) Qui fait tort à quelque chose, à quelqu'un ; dangereux, néfaste.
NÉFASTE
(Larousse) Qui peut avoir des conséquences fâcheuses, qui est susceptible de causer des dommages, de faire du mal. Nuisible. FUNESTE
(Larousse) Qui apporte le malheur avec soi, qui entraîne des conséquences néfastes, parfois mortelles.
Qui nuit, peut causer de grands dommages.


(ma) Nocivité se joue de ma dignité, joue à cache-cache avec mon humeur, mon terreau. Me flanque à terre, se moque de moi. Et me rattrape à chaque fois.
(ma) Nocivité joue les papiers tue-mouche poisseux, elle me colle aux cheveux, elle me colle aux yeux.
Et je me voudrais souris, trouver des essuie-glace pour de bon, me faire hypnotiser par un vampire.
Je me voudrais sourde et ne plus entendre sonner son glas. Ni son la.

Ou bien n'est-ce qu'un mirage ?

A part ça, je vais bien. Hé hé.


chArles B.

La sottise, l'erreur, le péché, la lésine, occupent nos esprits et travaillent nos corps, et nous alimentons nos aimables remords, comme les mendiants nourrissent leur vermine. Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ; nous faisons payer grassement nos aveux, et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux, croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.
[...]
Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes, dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.
[...]
Mais parmi les chacals, les panthères, les lices, les singes, les scorpions, les vautours, les serpents, les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants, dans la ménagerie infâme de nos vices, il en est un plus laid, plus méchant , plus immonde ! Il ferait volontiers de la terre un débris et dans un bâillement avalerait le monde;

Morceaux du Au lecteur de Charles B.
Oui je sais, ça ne se fait pas d'extraire comme ça,
des bribes comme ça,
sans respecter la forme oh là
c'est du n'importe quoi !
Peut-être. Mais c'est comme ça !