jeudi

Dico

Hier j'ai fini les 1013 pages du Cortège de la mort, d'Elizabeth George.
J'aime bien les histoires d'Elizabeth George. Ce n'est pas transcendant, mais à chaque fois je suis prise dedans.
Là non plus, ça n'a pas manqué. Il était bien tard quand je l'ai terminé.

Et puis j'y ai appris deux mots, miam !, que je n'avais jamais lus ailleurs ni même entendus (bah pui, je sais, j'ai le vocabulaire défaillant).

Prévarication (dans le texte, prévarications policières) :
d'après Lintern@ute Encyclopédie (pour faire court et simple) : manquement d'un responsable aux devoirs induits par sa fonction.

Componction (dans le texte, de mémoire flanchante, elle opinait avec componction)
d'après Larousse : (litt.) Tristesse produite par les effets du repentir, le regret d'avoir offensé Dieu.
/ (ironique) air de gravité, de recueillement.


mardi

AnywayS

De toutes manières, de toutes les manières. Dans tous les sens.

Jusqu'où, comment, on aime, on peut aimer, sans se (re)nier. Pas sans rien abdiquer de soi, mais sans s'abdiquer soi.

De la liberté d'être. Dans l'intégrité de soi. Et de sa p*º*°* de difficulté.



vendredi

3 jours avec L.

ou bien 3 jours avec Ailes, ou bien 3 jours avec Elle.

Trois jours légers au creux d'un été qui l'est un peu moins.
Trois jours et trois nuits.
Simples.

Des sourires, des rires. Des regards, droits dans les yeux. Une écoute. Son écoute. Sa présence sans faille.
Ses mots, toujours honnêtes, jamais jugeants. Son encouragement à être. Et toujours, son implacable honnêteté.

Mon Amie.

Debout, même à moitié à genoux.
Volontaire et décidée, malgré les reflux des marées, ces trucs qui reviennent vous choper par le bas du jupon alors même que vous avancez.
Forte. Je ne compte plus les croche-pieds ces derniers mois, les trucs à vous rétamer la tronche sur le macadam, qui s'enchainent sans relâche, des trébuche-tout. Par hasard ou par malchance. Pas toujours honnêtes, de mauvaise foi ou malhabiles. Ces trucs qu'elle ne juge pas, chacun fait comme il peut. Elle entend toujours toutes les raisons des colères des autres.

Et je la retrouve, seule, ne lâchant pas son flambeau.
Elle a été malmenée, elle s'est un peu malmenée elle-même. Elle a été la sorcière de plus d'un, et d'une. Elle a le cœur qui saigne, elle s'est pris des coins du quotidien au coin du bec, elle a le menton en marmelade et l'œil poché. Croit-elle.

En vrai, elle est lumineuse -les regards croisés dans la rue me donnent raison ! Généreuse. Fidèle. Fidèle à elle-même.

Elle ne fait pas de sa douleur le centre du monde, elle n'en fait même pas le centre de son monde.
Elle avance, ne lâche pas, bouge des meubles, peint des murs, elle fait les démarches que cette nouvelle maison demande. Elle pense à ses enfants, les écoute, réfléchit, les accompagne. Elle pense à ses amis, les écoute, réfléchit, les accompagne.
Elle ne se noie pas dans un activisme forcené. Elle fait ce qu'il y a à faire, quand il faut le faire (elle m'épate pour ça, je commence à peine à pouvoir le faire à nouveau. Elle n'a jamais lâché ça).
Elle ne se met pas en retrait, elle parle, elle partage. Au creux d'elle, il y a toujours autant de place pour les gens qu'elle aime.

Elle se sent creuse et vide. Et moi je vois un émerveillement qui n'a jamais été éteint.
Je la vois se nourrir de ce qui la touche, de ce qui l'émeut, de ce qui la meut. J'entends sa curiosité, des autres, de soi. Ses engagements.

Le mouvement est plus lent, peut-être. L'enthousiasme un peu farouche. La confiance un peu amochée.
Le contraire eut été anormal, inquiétant.
Ce n'est pas une maladie honteuse, un chagrin.

Je voudrais lui chuchoter encore
Tu te vis albatros au sol, le temps de lui ranger les ailes à ce chagrin, le temps de lui essorer la peau. C'est juste pour aujourd'hui, et pour demain peut-être encore.
 Tu te vis claudiquante et bancale. Et moi ce n'est pas la Toi que je vois. Je ne mens pas. Demain ira bien.

J'aimerais qu'elle soit pour elle-même l'Amie qu'elle est pour moi.



samedi

A demi

Au petit-déjeuner, fumet de petits pieds potelés -ceux qui au tout petit matin ont déposé sur le sol froid les dernières peurs de la nuit- et peaux veloutées. 
Les chevelures et les bras qui s'étalent dans tous les sens, et le silence d'avant leur réveil. 
Je déguste. Je savoure. Mon petit-déjeuner. Le temps prend son temps et je le regarde. 
C'est le dernier matin. Puisque désormais l'été est singulièrement tranché. 

Demain sera un autre matin, je dégusterai ce temps qui s'étirera devant moi, rythmé par mon seul pas si je le veux. Et ce sera bon. 

Puisque je ne suis plus mère qu'à demi, je n'aurai plus qu'à me taire. Arrive le mois où je suis la traitresse, celle qui sort du bois, celle qui ne sait plus les fatigues des nuits entrecoupées et des chamailleries à arbitrer. Arrive le mois où je n'ai plus voix au chapitre. 

Soit.
Les regards sont durs, les phrases assassines sous leurs airs anodins. Des petits règlements de compte cachés. Des miroirs déformés qui ne veulent pas dire leurs noms. 
Soit. 
L'attaque est douloureuse. Pour l'étandard de l'injustice qu'elle soulève. Pour la voix qu'elle musèle. Pour la réduction des têtes. Elle vrille la béance encore saignante. Mais elle ne change rien. Elle fait juste mal, sur le coup. Puis je hausse les épaules. Et m'en retourne sur mon chemin. Qui n'a d'autre prétention que d'être le mien. Le mien. 

Je ne veux pas m'arrêter à cette amputation. Ce ne serait pas juste. Pas juste pour Eux, mes petits Œufs, et leurs épaules encore frêles. Pas juste pour eux d'avoir à porter le poids de ce que je suis ou de ce que je ne suis plus. Je me veux vivante parce que c'est tout ce que je leur souhaite. Être vivants. 
Alors je me suis forcée. Forcée à quitter cette peau de zombie que j'habitais (vous vous souvenez ?). C'est peut-être là que se nichait mon intégrité. 

Je ne me vivrai pas disloquée et démantibulée. N'en déplaise à la décence et à la bienséance. Je ne boude pas les nuages qui assombrissent mon ciel, je ne veux juste pas susciter leur pluie sans relâche. Je n'ai pas à être punie. 

Je préfère cultiver ce que ça permet, tous les autres possibles. Ne pas m'arrêter trop longtemps sur ce que ça empêche, sur ce que ça ne permet plus. Puisque ce n'était plus permis de toutes façons. 

La meute ne verra pas à quel point mes muscles et toute ma conscience s'arquent et se bandent. Elle y verra peut-être de l'inconscience, sans doute un égocentrisme forcené, peut-être même un abandon. Elle ne reconnaitra pas les efforts d'une volonté convaincue et balaiera la douleur des crampes et des sollicitations intensives. Tant pis pour la meute. Qu'elle aboie au loin. 

Et j'écoute cette petite perle du matin, bonne comme une petite pluie d'après-midi.

jeudi

la Russe espagnOle d'un soir d'été

Glâné tout à l'heure, enregistré à l'hiver et pourtant ça se sirote comme un soir d'été à Paris. Non ? Pour faire mentir mon penchant exclusif des derniers mois pour les Scandinaves pure souche, une petite espagnole qui n'a de russe que le nom. Et la silhouette peut-être.

ouste

Le vent a passé, les marées ont fini de tourner à l'envers.
Voilà c'est passé, et de toutes manières le papier peint ici n'a pas vocation à délayer ma toute petite humanité, si délavée soit-elle. Je n'en suis pas très à l'aise. Pour ça, j'ai d'autres ailleurs n'est-ce pas ?

L'été n'a pas l'air de se décider, prend des tronches d'automne, alors je suis allée me balader du côté de l'automne.
Et à l'automne du côté de chez moi, il y aura Mina Tindle, en goûter-concert, mais pas que. En concert aussi, le soir même. Avec Sharon Van Etten. Que j'écoute depuis hier en boucle après être retombée sur un vieil article que j'avais conservé. Quelle veine !
Et comme un bonheur n'arrive jamais seul (non, promis je n'ai pas vu le film), je viens de m'apercevoir que ce même automne Julia Stone passera, dans cette même salle à côté de chez moi. Faut-il que j'installe des matelas en rab' dans le salon ?


mercredi

run bOy run

J'ai peur, j'ai froid, j'ai peur surtout. C'est grand, c'est énorme, ça pousse dedans et ça me pousse hors de moi. C'est titanesque. Je cours à ma catastrophe.
Grandir c'est courir avec ses monstres et je ne cours plus. Je trébuche, je me torgnole. Ils sont loin devant, ils se retournent, grandissent encore et fondent sur moi, ils obscurcissent mon ciel et avalent le sol sous mes pieds. Et je reste là, je suis si petite, rabougrie et tétanisée, à ne même plus oser fermer les yeux le temps de les laisser passer.
C'est ubuesque et grotesque.