mercredi

mAlheur

J'ai retrouvé dans mon tiroir, chiffonné sous un vieux mouchoir, un petit bout de papier sur lequel j'avais écrit 

Et je me penche sur mon petit malheur, et je le ressasse et je le caresse.
Ce n'est rien qu'un p'tit malheur, un p'tit malheur de rien, un p'tit malheur ni plus ni moins.
Mais celui-là, c'est le mien. Alors j'y tiens.

mardi

pschiii pschii pschi

Derrière tÔa il y avait mÔa,
et devant tÔa aussi parfois.
Autour, il y avait des gens.
Des gens qui disaient quelque chose.

Il y avait des gens qui pensaient des choses.
Des gens qui imaginaient des choses.
Qui s'imaginaient des trucs.

Il y avait des bruits de pas dans les allées,
des bruits de pas qui résonnaient sur le pavé,
des talons qui claquaient,
des foulées dans l'escalier.

Il y avait du bruit, on ne s'entendait plus.
Il y avait le chuchotement bruissant de ces gens pensants.
Il y avait du silence qu'on ne distinguait plus
assourdi par leurs bruits confus.

Pandore enivrée chevauchait Gorgone médusée.

Et le lendemain, le jour s'est levé.


dimanche

dreAms

Réveil saugrenu ...
Je me quitte hoquetante et sanglotante dans mon rêve, à renifler comme un cochon, pour me retrouver perplexe, assise entre mes draps, aussi interrogatifs que moi. Je clignote des paupières. Je cherche du coin de l'oeil un autre angle pour envisager tout ça. Je sais bien le miroir que sont toutes les personnes rêvées, les reflets qu'ils sont. Je me questionne sur leur propos. Le mien alors ?
Les plis de la mauvaise conscience remontent petit à petit, l'oeil de Moscou qui vibre au-dessus de ma tête, façon hélico !
Réinventer sans cesse la danse du Non, tout ça ne (re)passera pas par moi !

Mais d'abord un café, lutter contre l'irrépressible envie d'allumer le chauffage dans cet appartement aux allures de champ de cartons -que nous quitterons tout bientôt maintenant que la grande maison est (presque) à nous.

Ne pas se laisser paniquer, ne pas se laisser réduire la respiration et le sourire, n'est-ce pas ? Détendre cette petite pression dont je m'habille et qui ne vient que de moi et de ce regard froid que je porte parfois.
Brrrr !
Et grogner, montrer les dents quand se hérisse mon poil -que je porte court pourtant. Défendre les petites parcelles de moi. J'en ai bien le droit, il paraît hé hé !

Allez, hop-hop-hop !

jeudi

frAnçoiz et les lOups

J'ai pas le temps, j'ai pas le temps, je trouve plus le temps !
Je cours, je me faufile entre les secondes, je rebondis.
Pour l'instant je ne m'essouffle pas.

J'ai mes humeurs enfermées dans un sachet en plastique que je cogne parfois dans mes galopades. Elles en ont vu d'autres les petites, et pour l'automne elles ont opté pour le casque intégré. Même pas mal !
Mais parfois je fais des bleus. Plus à moi. C'est bizarre. C'est pas exprès. Parfois je me sens froide comme une tranche de jambon congelée, j'ai l'impression de ne même plus savoir épeler le mot "empathie".

Je cours, je berzingue, et à nouveau je ne veux rien lâcher. Et pas le sommeil non plus, c'est ma nouveauté de la saison : je combats la cerne, je dors (pour éradiquer la râlerie-au-travail essentiellement, en fait). Comment vais-je pouvoir continuer à faire ? Sur quoi rogner ? Ouh la la, vais-je devenir hyper organisée? Plus de trois jours je veux dire.

Voilà voilà pourquoi le plus souvent ces derniers temps, je n'écris pas.
Ça ne durera pas.

Et ce soir, je fais une ode aux poils de tous loups (et à la louve des volcans) !

Sinon, Vous, ça va ?

vendredi

Tu me manques et je m'inquiète. Et tant pis.

Je n'ai pas trouvé dans Les Séparées l'écho, l'intime que je pensais rencontrer. J'étais peut-être trop imprégnée encore des Lisières.

Mais j'ai aimé cette phrase.
"Comment vivais-tu sans cet élan ?"

Tu me manques et je m'inquiète. Et tant pis.


jeudi

Les LisièRes

Au-delà des mots-échos, des résonances intimes et universelles, j'ai aimé, aimé, aimé Les Lisières, à le lire à petite lampée, pour ne pas le quitter trop vite, trop tôt, aimé pour le regard sur l'usure de "notre" société, petit rat rongeur grignotant posé sur "nos" épaules. Enfin, sur celles de certains plus que d'autres.
Je n'y ai pas lu de prosélytisme, sans doute suis-je public conquis, captif ou convaincu.
Je n'y ai pas lu de jugement à l'emporte-pièce, plutôt de la tendresse malgré le regard implacable. Ou de la compassion (je vais me faire détester, là). De la compréhension, de la désolation.

Et pour ce questionnement-l'air-de-rien qui me plaît tant, cette dichotomie étrange et sans lieu à mes yeux : vivre la vie, écrire la vie. Comme s'il y avait là une antinomie. Comme si les mots posés devaient être porteurs d'une vérité tangible et incontestable, d'une réalité stricte et exhaustive...
Ai-je le droit d'écrire ce que j'écris. Suis-je légitime ? Qui l'est ?
Ici ou là, j'écris ce que je suis et je suis ce que j'écris. Rien que ce que j'écris, tout ce que j'écris. Je le jure. Et la marmotte, elle plie le chocolat, et le lecteur, tout ballot qu'il est, est né de la dernière pluie sur une feuille d'acacia !

Une vie écrite, c'est une vie aussi, non ?

Les Lisières - Oliver Adam - Flammarion
(dont je vous conseille cette chouette et parfaite critique)

dAns les mOts des autRes

J'ai toujours le souffle court à trouver dans les mots des autres le contour de gens croisés, aimés, accompagnés, accompagnateurs d'aujourd'hui ou passés. Ça me saisit, ça me crie vrai.
Entre les mots, j'extrais, je concasse, je presse et je trace le portrait qui sied le mieux au regard que je pose. Je suis voleuse de mots.

"Il n'y avait qu'une seule vie. Et j'avais toujours été incapable de la vivre vraiment. Au final j'avais choisi de contourner l'obstacle. J'avais choisi de déserter. Je n'en étais pas spécialement fier. [...] La moindre contrainte me pesait. Obéir à un patron, me lever pour me rendre au bureau était au-dessus de mes forces. [...] elle a fini par trouver ça indécent, cette façon d'affirmer que je n'étais pas fait pour [...] la vie sociale. Comme si quelqu'un l'était.[...] J'affirmais à qui voulait l'entendre que c'était tout le contraire, que [...] je reprenais possession. Du monde des autres et de moi-même, que j'étais précisément au cœur de la vie quand tout le monde en était détourné par obligation, fatigue ou paresse [...]. Mais je n'étais pas dupe de mes propres mensonges. J'avais déserté. On pouvait y voir une forme de courage ou de lâcheté, c'était selon. La deuxième hypothèse avait ma préférence."

"Et si je réfléchissais un instant c'était là la marque de la plupart de mes amitiés masculines. Au fil des années, j'avais toujours jeté mon dévolu sur des types brillants qui m'entraînaient dans leur sillage, dont j'enviais la beauté, la légèreté, le charme. Ils étaient en quelque sorte mon négatif et je les regardais d'en-dessous, guettant les miettes d'affection et de confiance qu'ils voudraient bien me prodiguer." 

"Cette géographie indistincte où j'avais poussé sans m'en souvenir. Confusément, ces trois éléments semblaient étroitement liés, me paraissaient éclairer quelque chose. J'y lisais les fondations de mon goût pour les échappées, de mon penchant pour la fuite et l'absence, l'effacement. J'y comprenais mieux ma défiance des racines, des identités confinées et rances, ma capacité à me sentir chez moi à l'autre bout du monde, de me choisir des refuges et de tout y réinventer." 

"[...] à cette heure où [...] quelque chose se tendait dans la maison, [...], après ça c'était foutu, j'étais un peu [...] parti, S. finissait par tout prendre en charge dans la maison pendant que je me noyais dans la musique, une cigarette à la bouche."

"Sans doute n'étais-je pas assez soigneux. Tout ce que j'utilisais se dégradait sur-le-champ. A peine achetée une veste sur mes épaules paraissait vieille de dix ans." 

"[...] j'avais tant à rattraper, une vie entière croyais-je, j'avais tellement tout gardé en moi, j'avais tellement vécu verrouillé à l'intérieur de moi-même, j'attendais que quelqu'un me délivre, j'attendais qu'on m'offre un abri, un regard, un visage comme un refuge." 

"[...] et je m'en voulais de n'avoir su nous garder de l'usure, des entailles, des éraflures que le temps s'était chargé d'élargir, jusqu'à creuser un gouffre dont je n'avais pas eu la moindre idée avant qu'il ne nous engloutisse." 

"J'aurais tout donné pour reprendre les choses au bon endroit et épargner à mes enfants la souffrance que je leur infligeais en ayant été infoutu de garder leur mère auprès de moi, ou plutôt de me garder près d'elle, de la ménager un peu, de ne pas tant me reposer sur elle, qui gouvernait chacun de nos jours, qui savait toujours quoi faire en n'importe quelle circonstance, sans qui nous n'aurions rien connu de cette vie, sans qui je me serais effacé, [...] puisque sans elle j'étais tout juste bon à m'enfermer dans un placard, tremblant d'une peur indéchiffrable, rongé par un mal que rien n'étouffait, ni l'alcool ni les médicaments, un mal qui était une maladie incurable qui allait finir par m'emporter, c'était si clair pour moi, il était si évident que sans elle j'aurais fini mes jours dans un de ces départements psychiatriques [...] oui c'est là que j'aurais fini j'en suis certain [...], et me sautait à la gueule combien ce qui séparait le dedans du dehors était mince, fragile, et ne tenait qu'à un fil."

pp. 40-41, 57, 69, 146, 155, 167, 170, 186 
Les Lisières - Olivier Adam 
J'espère qu'il ne m'en voudra pas de ces emprunts...