Quelques jours déjà que je bave devant la couverture du nouvel album de Wax Tailor....
Sacrée Rebecca (je m'avance peut-être, je n'ai rien vérifié, mais on ne me fera pas croire qu'il ne s'agit pas là du trait de pinceau de la Demoiselle Dautremer !)
Rien que pour ça je pourrai l'acheter.
Et comme le reste le vaut bien et sonne chouette à mes oreilles...
Je m'inquiète d'une amie dont je n'aurais plus de nouvelles, j'encartonne, pour la deuxième fois en treize mois, avec envie cette fois, et j'avance mi-somnambule, mi-funambule vers ce bout de vie à la quadrature inattendue.
Je regarde étonnée, ébahie, soufflée, les Petits devenir Grands. Je n'ai plus ici d'escalier pour poser mes fesses et les regarder vivre, juste les regarder vivre. Alors je m'assieds sur un bout du canapé rond à pois, et je les regarde comme ça, quand ça ne les gêne pas. Bientôt, je retrouverai un escalier.
J'entends des mots en re- : re-construction, et je n'aime pas. Je n'ai pas besoin de re- à ce mot-là.
Re-constitution... pouh, je l'ai assez fait, je connais le chemin d'où je viens, après les allégations je prétends, doucement, à l'allègement.
C'est étonnant, je n'ai jamais rien menti. Mais un jour, j'ai cru que si.
J'étais peut-être seule en ma citadelle, mais ma citadelle était bien réelle.
Et puis d'abord c'était même pas une citadelle.
Na ? ... !
Ce soir, je me trimballe avec elles dans les pensées.
Ce soir, je me suis autorisé une immersion dans leursunivers. A nouveau.
Comme d'autres sur lesquelles j'ai détourné les yeux, je les ai quittées du regard il y a quelques mois, deux ans ou presque. Et toute une vie s'est écoulée depuis.
Nous nous sommes croisées, ici, ailleurs, au détour d'un mot, au coin d'un resto.
J'en ai gardé, pour l'une, un mot qui ne quitte jamais les murs qui me suivent et m'accueillent.
J'ai en commun avec celle-ci Lily l'enchanteresse.
J'en ai gardé, pour l'autre, des souffles qui toujours m'ahurissent.
J'ai en commun avec celle-là... des ribambelles qui n'en finissent pas et ne s'arrêtent pas là.
Il y en a d'autres, chères à mon palpitant.
J'ai été émue, intensément, par ces petits liens qui se tissaient ou qui ne tenaient qu'à une fulgurance. Des petits bouts de trucs qui prennent leur temps, qui ont tout leur temps, et d'autres éphémères, mais qui n'en sont pas moins signes pour autant.
J'ai été émue, heureuse et émerveillée, comme souvent, comme toujours et parfois c'est saoûlant, de ces petits cailloux qui forment des pontons sur un chemin, qui tracent des dessins, des petits encouragements à être, des "va où tu veux, c'est bien", des "comme tu fais, c'est bien".
Une sororité singulière, une bienveillance accrue, une humanité complice, une solidarité persuadée.
J'ai été émue, et je m'en suis sentie niaise. Ridicule.
On a taxé tout ça, tout ce lot-là que je viens d'énumérer, de fake, de faux, de virtuel, de biaisé, d'extase mystique. On a opposé des confusions, on a monté des oppositions, le traditionnel clivage du réel/virtuel, la légitimité de l'être, et caetera.
Soit. Oui, pourquoi pas. La réduction me paraît caricaturale, un chouilla à l'emporte-pièce.
Je crois qu'il y a de la place pour tout, je crois que toutes les formes peuvent s'inviter. Je crois que les nuances font les plus belles vérités.
J'ai été attaquée, pointée du doigt, et j'en ai fait quelque chose de monstrueux, que j'ai laissé m'abîmer pour du sérieux.
J'ai douté, je me suis laissée malmener, balayer. Je ne sais pas pourquoi au juste, je ne sais pas encore à quoi, en quoi, cela m'aura servi. J'imagine qu'un matin, ce sera limpide. En attendant, je suis les escarpements de mon bonhomme de chemin, plutôt confiante, à nouveau. Et je renoue avec mes petits enthousiasmes et mes battements de cœur.
Ces femmes-là m'émeuvent et me touchent et me plaisent. Pour la poésie, le pittoresque au quotidien, et l'appel de la vie à la vie. Malgré tous les malgrés.
Ce soir, j'avais envie de leur offrir cette ballade-là
Lire est le propre de l'homme, c'est ce petit recueil de témoignages et de réflexion publié et diffusé gratuitement par L'école des Loisirs l'année dernière. Ô la belle généreuse forte puissante initiative !
Je lui tourne toujours régulièrement les pages à ce recueil et n'en finit pas d'être touchée, émue, complice. Convaincue.
Rien que le sous-titre..."de l'enfant lecteur au libre électeur"
Il y est une lecture, une écriture plutôt, que j'aurais voulue de mon crû. Pour l'écho qu'elle m'a fait.
Celle de Sophie Chérer. Page 123.
Alors puisque c'est gratuit et que je cite mes sources, je ne pense léser personne... Bien sûr, puisque je ne retranscris pas ici son texte dans son intégralité, mais "mes" morceaux choisis, je tronque légèrement le propos.Vous m'en excuserez
" Septembre 1954. Le Premier Ministre, Pierre Mendès France, s'adresse solennellement à la radio, la veille au soir de la rentrée des classes, à tous les écoliers du pays. Il commence par leur avouer son amour des grandes vacances. Lui aussi, à leur âge, voulait qu'elles durent toujours. Et, très vite, on se pose avec eux la question : Pourquoi renter à l'école alors qu'on est si bien, chez soi ou dehors, à jouer ? Et il réponds sans ambiguïté : parce que l'école existe pour donner des forces aux enfants qu'ils sont aujourd'hui, pour les cultiver, pour leur permettre de grandir et de devenir les adultes accomplis dont leur pays, et le monde, auront besoin demain.
Depuis ce temps, aucune homme politique n'a plus parlé ainsi à l'enfance et à la jeunesse de son pays, avec cette confiance et ce respect profond, sur ce ton exemplairement républicain : libre d'esprit, égal d'humeur et fraternel.
Pourquoi ?
Les temps ont changé. Une clique de cyniques dangereux est arrivée au pouvoir, qui réussit à faire passer un foulard ou une kippa sur la tête, une croix ou une médaille autour du cou, pour des déclarations de guerre à l'humanité, tandis qu'elle-même étale en toute impunité les signes par milliers, extérieurs comme intérieurs, de la vraie religion de l'époque : fric, finance, marchés boursiers, performance, technologie, flexibilité. Tout, jusques et y compris l'école doit à présent obéir à ce commandement : être rentable. Procurer une rente, donc. Mais au fait, à qui ?
[...] pour être compétitif face aux puissances émergentes du XXIe siècle, l'Occident industrialisé allait avoir besoin d'une part, d'une élite autoproductrice constituée de 10 à 20 % de la population, cultivée, matériellement aisée, affranchie à tous points de vue, et, d'autre part, d'une masse constituée des 80 à 90 % restants, sous-développée intellectuellement, inculte, surendettée. Des petits consommateurs en rangs par deux, drogués aux gadgets, principalement préoccupés de suivre les modes imposées, incapables de remise en question privés d'esprit critique et de références. Bridés par la trouille de perdre leur place.
[...]
Nous, être humains, avons cessé d'être des âtres de langage. Nous sommes devenus des êtres de force de vente et de pouvoir d'achat. Ce qui nous est inutile, voire nuisible, nous est présenté comme indispensable. Ce qui nous est vital, la splendeur de la nature, la vie de l'esprit, le temps de vivre, la curiosité intellectuelle, l'amitié avec quelques grands hommes et femmes du passé, nous est présenté comme vain, trop coûteux, non rentable, irréaliste.
[...]
Les scientifiques nous l'apprennent : c'est entre trois et quinze ans que l'organisme humain assimile le mieux le calcium. C'est durant cette période de douze ans qu'il se bâtit un squelette, une colonne vertébrale à toute épreuve. Ensuite il est (un peu) trop tard.
Eh bien, il existe un calcium de l'âme.
Les enfants, au fond d'eux, en sont parfaitement conscients. Ils ont soif de parole fortes, de lectures nourrissantes, de textes qui ne les laissent pas seuls avec leurs questions, leurs tourments, leurs désirs, leurs angoisses, d'exemples, d'adultes qui leur donnent envie de grandir, d'expériences fondatrices qui les animent et les structurent au moment où ils en ont le plus besoin, et où ils sont le plus aptes à les retenir par toutes leurs fibres, à en faire un miel capable de couler leur vie durant.
[...]
Mais ne nous lassons pas non plus d'argumenter, d'exposer, d'expliquer partout où nous avons l'occasion de rencontrer des enfants et des adolescents, que quelqu'un, quelque part, a intérêt -un intérêt morbide - à ce qu'ils soient incultes, incapables de penser et de parler (car on peut très bien savoir lire, écrire et compter - qui sont des moyens - si c'est en méconnaissance complète des fins : la parole et la pensée libres, à quoi bon ?).
Pensons à leur faire découvrir aussi une phrase décidément méconnue de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, en son article 2, qui dit que "les droits naturels et imprescriptibles de l'homme" sont "la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression".
La résistance à l'oppression."
Parce que lorsqu'on me demande quel est est mon métier, je réponds facilement que je contribue, avec mes petits moyens, à la formation du citoyen en graine. Parce que, prétentieuse et jardinière, je me rêve pourvoyeuse de libre-arbitre.
Pas en faiseuse de bons petits soldats.
J'ai lu dans le Elle, à la fin de l'interview de la jolie demoiselle Lou D.
"Ça fait 10 ans que ça va mal [...]. Si j'avais eu plein d'argent ou si j'avais eu 3 films encensés par la critique, cet album n'aurait pas existé. Aujourd'hui je suis la preuve qu'il ne faut rien changer. J'ai mis du temps à me trouver, on a mis du temps à me trouver, mais tout est bien qui finit bien puisque j'existe enfin".
Et je pense à mon Amie Chère, une autre jolie demoiselle L. J'ajouterais juste que là n'est pas la fin.
J'ai lu dans le Elle ces propos d'Amélie N.
"Il n'y a aucun calcul. C'est devenu une seconde nature. [...] Je vous parle là de choses infiniment délicates, j'en ai conscience. [...] Je suis dans un double mouvement : tentée de révéler ce qui me dévore, en m'en approchant le plus possible par l'écriture, et obligée de me taire. C'est ainsi que mes livres s'imposent à moi. [...] il y a aussi tous ceux que j'écris et qui ne seront pas lus parce que je ne le veux pas. Ils me soulagent et me sont nécessaires mais ils ne s'adressent qu'à moi. [...] au moment de l'écriture, la question qui se pose c'est : "jusqu'où vais-je pouvoir m'approcher de l'indicible ?". [...] ma façon [...] c'est d'être enceinte d'un livre tout le temps.[...] les idées s'emparent de moi et je n'ai pas d'autre choix que d'accoucher."
Et je pense à ma pomme. Sauf que ce ne sont pas (encore ?) des livres que j'écris. C'est prétentieux, non ? Mais c'est tellement comme ça.
J'ai lu Olivier Adam, qui me ramène à chaque fois à cet homme que j'ai aimé tellement fort, tellement qu'il n'avait plus besoin de s'aimer lui-même, croyait-il. Tellement qu'il s'est extrait de notre vie, est allé en explorer d'autres ailleurs, un peu zombie, un peu lui. Il avait oublié que j'avais besoin d'être nourrie. Sûr qu'il était que je pourrais tout aimer et tout tenir pour deux. Mais je n'ai pas su. Je me suis cassée. Démantibulée. Desséchée.
"Je n'étais jamais là. Je ne l'avais jamais vraiment été. C'était comme une maladie. Qui remontait à mes origines. Ma vie s'ouvrait sur un trou noir. Une absence. Un socle dont rien ne subsistait et dont je continue aujourd'hui à me dire qu'il m'a toujours manqué. Ma vie était bâtie sur du sable. Des années enfuies dont ne subsisitaient qu'une matière opaque, impénétrable."
Je n'ai pas fini de lire Les Lisières, je n'en suis qu'à la lisière (elle était facile, j'en conviens).